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Petite réponse à Jean-Michel Blanquer
posté le 24/11/17 Mots-clés  répression / contrôle social  luttes sociales  antifa 

J’ai envie de parler de la pseudo-polémique qu’a générée l’organisation par le syndicat Sud Education 93 de stages de formation, parmi lesquels se tiendront des ateliers en non-mixité raciale. Des espaces auxquels seules les personnes concernées par le racisme peuvent participer, pour en parler, partager leurs expériences, réfléchir aux outils de lutte contre les préjugés, etc.

Comme à chaque fois qu’en France des minoritaires ont le culot de prétendre s’organiser entre eux et de protéger des espaces de paroles "safe", ça s’excite et ça s’offusque. (Note : l’entre-soi dans la plupart des lieux de pouvoirs ne semble déranger personne, mais un festival réservé aux femmes racisées, ou des ateliers non-mixte à Sud Education, PANIQUE GENERALE et montée du communôÔôtarisme).

Parmi les réactions poisseuses, Jean-Michel Blanquer a tweeté ça :

"Inconstitutionnel & inacceptable.

Je condamne avec fermeté le projet d’une réunion syndicale triant les membres sur la base de leur origine."

Non mais vraiment, lovin’it (pour parler le langage marketing que LREM comprend bien) ! Je me sens particulièrement interpelée sans doute vue le thème de mes recherches. Je vais essayer de mettre un peu de droit dans ce débat sordide, parce que là, il faut quand même...

Argument 1 : c’est inconstitutionnel.

On imagine que l’idée de génie de Jean-Michel, c’est l’article 1er de la Constitution : La France "assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion".

Bon alors, "la France" et "devant la loi", ça veut dire que ce sont les institutions publiques créatrices de normes et les personnes qui les mettent en œuvre qui sont visées... certainement pas les syndicats qui sont des associations destinées justement à promouvoir les intérêts spécifiques de leurs membres. C’est un peu le même dévoiement que pour le principe de laïcité de l’Etat... décidément, le Droit prend des coups.

Petit rappel utile, au passage : la liberté d’association (loi de 1901) et liberté syndicale (alinéa 6 du préambule de la Constitution de 1946) ont une valeur constitutionnelle depuis 1971 (décision n° 71-44 DC du Conseil Constitutionnel).

Rien n’interdit constitutionnellement de promouvoir les intérêts d’un groupe particuliers de citoyens par le biais d’une association, ou d’organiser un festival non-mixte. (Et puis dans tous les cas, c’est juste un atelier de FORMATION, on nage en pleine paranoïa).

Argument 2 : c’est inacceptable.

Bon, Jean-Michel on va faire un peu de droit de l’Union européenne, parce qu’à part le marché intérieur, vous n’avez pas l’air d’y connaître grand chose.

La directive 2000/43 (principe d’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d’origine ethnique) de 2000, que la France doit transposer et respecter, contient plein de choses intéressantes...

Par exemple : point 17 de son préambule "L’interdiction de la discrimination [n’empêche pas ] les mesures destinées à prévenir ou à compenser des désavantages chez un groupe de personnes d’une race ou d’une origine ethnique donnée, et ces mesures peuvent autoriser l’existence d’organisations de personnes d’une race ou d’une origine ethnique donnée lorsque leur objet principal est la promotion des besoins spécifiques de ces personnes".

Ou encore, point 23 : "Les États membres doivent encourager le dialogue entre les partenaires sociaux ainsi qu’avec les organisations non gouvernementales pour discuter des différentes formes de discrimination et lutter contre celles-ci".

Ce n’est pas inacceptable, c’est tout à fait souhaitable. Wahou, quelle folie ce droit de l’Union, quel progressisme !

Allez, courage Jean-Mich’, tu n’es que juriste et Ministre, tu ne pouvais pas savoir.

https://blogs.mediapart.fr/aur-elia/blog/241117/petite-reponse-jean-michel-blanquer


posté le 24 novembre 2017 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • https://collectiflieuxcommuns.fr/689-islamisme-islamophobie-islamo
    Partons effectivement de la question de la passivité d’une grande partie du dit « peuple de gauche », du mutisme face à cette extrême droite musulmane qui remplit tous les critères de ce terme, comme l’exposé précédent les a précisés, et même bien plus que nos droites nationales en France — les néo-nazis, les monarchistes et les croisés sont ici encore vraiment minoritaires — mais qui retiennent toute l’attention.

    Alors pourquoi tant de silence, de gêne, pourquoi aussi peu de réactions ? C’est une question centrale parce qu’une telle attitude ouvre évidemment un boulevard à tous les amalgames et toutes les réactions xénophobes — nous y reviendrons à la fin.

    Pour comprendre cette paralysie critique vis-à-vis de l’islamisme, il peut-être intéressant d’aller voir ceux qui y sont favorables, ou au moins très complaisants : leur discours concentre ce qui est plus diffus ailleurs, ils disent plus clairement et distinctement ce qui se pense plus discrètement sous d’autres cieux.

    Un terme vient alors à l’esprit, celui d’islamo-gauchisme.

    Il est évidemment très polémique.

    Il est sujet à caution d’abord parce que l’expression de gauchiste n’est pas très précise : Ce serait quelqu’un d’apparenté à une famille politique issue du ou plutôt des marxismes qui ont marqué le XXe siècle, parce qu’il y en a eu quand même une sacrée flopée. On va me dire qu’il y a aussi pas mal de pseudo-libertaires ou d’anarchistes ou encore de féministes qui sont concernés, mais comme on le verra, ils ont adopté de facto et depuis longtemps les grands schémas marxistoïdes qui fondent le camp de la religion du progrès, c’est-à-dire, globalement la « gauche » [1].

    Quant au préfixe islamo-, pas très précis non plus, ce serait l’association entre une approche gauchiste et l’islam, sous la forme de la complaisance d’un gauchiste vis-à-vis de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte ou, à l’inverse, d’un islamiste qui gauchirait son discours. Bref ce terme descriptif, qui a déjà près de dix ans, recouvre quand même une sacrée réalité et à ce titre, en attendant mieux, nous l’utiliserons, puisqu’il permet de cerner cette mouvance protéiforme qui prétend combattre l’Occident en essayant de s’allier l’héritage des combats anticapitalistes et la guerre actuelle des islamistes plus ou moins soft.

    Bien sûr, c’est un courant confus et épars mais tout à fait tangible qui a eu son heure de gloire au moment de l’altermondialisme, après le 11 septembre et les réactions américaines, mais qui se maintient aujourd’hui largement, même si depuis le naufrage des soulèvements arabes, il a du mal à assurer une apparence de cohérence — mais on verra que c’est le cadet de ses soucis, puisque le but final est de brouiller les cartes.

    Qui sont les islamo-gauchistes ?

    Cette complaisance intellectualisée pour l’islam ou même l’islamisme, qu’il s’agisse de l’islamisme passif ou même actif, on la rencontre très explicitement dans un tout petit noyau.

    Il y a d’un côté les islamistes plus ou moins déclarés,
    - les Tariq Ramadan,
    - les Houria Boutelja et consorts
    - des Indigènes de la République,
    - des imams officiels ou autoproclamés, etc.
    qui ont compris que des gauchistes pouvaient leur être tactiquement utiles.

    De l’autre côté, on trouve tous ces gauchistes qui les entourent et leur servent la soupe. Je pense entre autres à
    - Pierre Tevanian (+Sylvie Tissot),
    - Alain Gresh,
    - Christine Delphy, etc.,
    qui veulent voir plus ou moins confusément dans l’islam et l’islamisme un support à la critique de l’Occident.

    C’est donc, je l’ai dit, un tout petit noyau qui devrait être une curiosité ethnologique, mais il concentre et explicite une posture, un prêt-à-penser, qu’on rencontre ailleurs sous forme de cercles concentriques. Ce discours-là est donc présent de manière diffuse dans des milieux tout de même plus respectables comme
    - Le Monde Diplomatique,
    - l’émission de radio « Là-bas si j’y suis »,
    - médiapart etc.

    C’est bien sûr dans certains cercles « pro-palestiniens » qu’on retrouve le mieux ce salmigondis d’anti-impérialisme et d’éloge (des islamistes) du Hamas, voire du Hezbollah, mais on croise ces réflexes un peu partout : par exemple dans notre brochure, nous ferraillons contre un gauchiste qui reprend ces thèses en vrac, sans en être convaincu lui-même, mais qui ne semble pas pouvoir les réfuter tout seul. Cette posture « à gauche », plus importante qu’on ne le pense, n’est pas un hasard puisque ce discours islamo-gauchiste joue justement sur les catégories historiques de la « pensée » de « Gauche », comme on va le voir. Il est donc assez facile à repérer dès qu’on en a la clef.

    Et puis, il y a tous ceux, très nombreux, pour qui tout cela semble apparaître comme un point aveugle, qui passent la chose sous un silence plus ou moins complice ou procèdent par omissions spécifiques, sous-entendus ou ironie. Ils ne cessent d’excuser, de dédouaner, de minimiser l’extrême droite musulmane, quand ils en reconnaissent l’existence, alors même qu’ils sont extrêmement sourcilleux concernant l’extrême droite française ou tout simplement la droite [2].

    - Les principales victimes, si j’ose dire, ce sont les milieux dits « antifascistes » qui sont absolument aveugles à cette extrême droite musulmane et totalement muets à son endroit, du moins de ce que j’en sais.

    J’en ai vu dernièrement, par exemple, défiler dans ma ville de banlieue populaire en criant « Pas de fachos dans nos quartiers ! », etc. Évidemment, les fachos ne sont pas dans ces quartiers-là, et sûrement pas dans le mien, et à peine dans ses urnes. Par contre des barbus et autres porteurs de qamis il y en a, en tenue de djihadistes, et à tire-larigot. Là, la contradiction est criante, quand même, mais il est impossible de le leur faire comprendre, la question ne sera pas posée, même lorsque des femmes en burqa passent en riant devant la banderole... Ces militants, qui se proclament pour l’égalité des sexes, pour la liberté des homosexuels, contre les discriminations et le capitalisme, etc., mettent l’islamisme de quartier hors de cause, même lorsqu’il fait des morts. Tout cela interroge fortement, et notamment nos copains tunisiens qui ne comprennent pas pourquoi une telle complaisance, qui serait facilement explicable en terre musulmane, parce que ce phénomène d’islamo-gauchisme est très répandu chez eux comme le montre l’interview d’eux dans notre brochure 19, mais qui leur paraît incroyable en France, terre de combats antireligieux.

    Alors avant d’aborder le pourquoi, de proposer une explication, je vais me demander comment ils procèdent, quels sont les arguments utilisés.

    Il y a ainsi un certain nombre de lieux communs que je vais passer en revue. « Lieux Communs », c’est aussi le nom de notre collectif, et c’est lié au fait que nous pensons qu’il y a une quantité hallucinante de lieux communs qu’il y aurait à pulvériser, et parallèlement qu’il y a aussi beaucoup de lieux communs que nous voudrions instaurer, ou du moins des banalités de base sans lesquelles on ne peut pas penser le monde actuel — l’exposé qui m’a précédé en relève, ça a été dit. Je vais donc parler des lieux communs que nous voudrions pulvériser, les absurdités qui surgissent immanquablement dès qu’il est question d’islamisme, pour le diminuer, le justifier, l’excuser, ou le dénier tout simplement.

    Les lieux communs de la tolérance à l’islamisme

    1) Premièrement, l’islamisme serait peu ou prou une pratique traditionnelle, et qui mériterait donc le respect. C’est évidemment une absurdité totale, puisque l’islamisme contemporain est un regain tout à fait récent à l’échelle de l’histoire. Il y a seulement trente ans, les voiles traditionnels étaient extrêmement rares dans la rue, et c’était le propre des femmes âgées ou débarquées du bled. Aujourd’hui, ce sont des voiles islamiques, devenus une pratique offensive et tout à fait banale, par exemple ici chez des immigrées de deuxième ou troisième génération, mais cette évolution est visible y compris et surtout dans la plupart des pays musulmans. La chose est aussi évidente au niveau géopolitique : le conflit israélo-palestinien n’avait rien de religieux il y a quelques décennies et aujourd’hui le choix est entre le Hamas et Tsahal — bon courage. Bon, l’exposé précédent a été clair, je ne vais pas m’étendre là-dessus : l’islamisme, s’il appartient en propre à la culture arabo-musulmane, n’a rien d’une tradition, encore moins respectable, et c’est d’ailleurs un argument extrêmement suspect sur lequel nous reviendrons — à cette aune, il faudrait considérer le fascisme comme une honorable tradition italienne. Et quand bien même le serait-ce, la tradition n’a rien de sacré à nos yeux.

    2) Deuxième lieu commun — ce ne sont que des exemples et je n’en passe que quelques-uns en revue : l’islamisme se réduirait finalement à quelques excès marginaux tout à fait secondaires de la religion, ces courants seraient des passades qui ne dureraient qu’un temps, bref des épiphénomènes qu’il ne faudrait pas monter en épingle. On pouvait dire ça en étant mal renseigné dans les années 80, mais aujourd’hui malheureusement, il faut admettre que ce sont des dynamiques de fond. Rien qu’en France, il faut au moins remonter jusqu’à Khaled Kelkal et les attentats du GIA, les jeux politiques iraniens via le Hezbollah autour des otages au Liban, ou à la première question du voile, en 1989, ou encore aux fatwas contre Salman Rushdie, etc. Même période temporelle pour l’assassinat de Sadate en Égypte, la formation au Djihad dans l’Afghanistan soviétique ou l’instauration de la république islamique d’Iran. Et tout cela découle d’un réveil dans les années 70... Non, ça ne date pas d’hier. Par ailleurs, on parle d’un phénomène, d’une guerre à l’échelle continentale comme l’a été la guerre froide, qui concerne directement près d’un milliard de personnes, dans des régions aussi séparées que le Soudan, le Pakistan, l’Inde, le Maroc ou l’Indonésie. Sans parler des territoires européens. C’est donc un phénomène de fond, une dynamique civilisationnelle qui doit interroger. Est-ce que cela va continuer ou s’arrêter, c’est une autre question. Mais ce qu’on peut dire, c’est que c’est un phénomène de fond qui n’a plus rien de marginal.

    3) Troisième argument, troisième lieu commun, tout cela serait des conséquences normales de situations très difficiles que vivraient les pays arabes ou les musulmans en général. C’est un discours victimaire qui fait florès mais qui est aussi une absurdité, et d’abord parce que l’islamisme est un phénomène postcolonial ; il se déploie après les décolonisations et non pas durant le colonialisme. Les luttes d’indépendance ne sont pas du tout le fait d’islamistes ou en tout cas leur rôle était complètement secondaire : ce n’est pas au nom de l’islam que le peuple algérien réclamait et a gagné son indépendance, pas plus que la Tunisie, etc. Le « chaos algérien » est arrivé près d’une génération après... D’autre part, les immigrés de ces pays qui sont arrivés en France dans les années 50 et 60 ont vécu dans des bidonvilles dans des conditions totalement honteuses, et il n’y avait nulle trace d’islamisme chez eux. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’on parle même des « bobars », les « bobos » barbus. C’est même le phénomène inverse, puisqu’on voit aujourd’hui en France des Arabes ou des musulmans membres du gouvernement, journalistes, artistes, chercheurs, humoristes, PDG, profs, cadres, écrivains... et que les États islamistes sont parmi les plus riches du monde. L’extrême droite musulmane est un fait qui concerne aujourd’hui toutes les catégories sociales et n’est pas du tout le fait des plus pauvres ou des plus discriminés : c’est ce que montre concrètement l’impossibilité du « profilage » des terroristes. Au niveau géopolitique, cela se vérifie aussi : l’islamisme est bien installé en Turquie, qui n’a pas été colonisée, et on ne voit aucun extrémisme religieux dans l’ex-Indochine française, ou dans l’ex-Congo Belge, où le colonialisme a été particulièrement ravageur. Enfin, si la souffrance sociale débouchait nécessairement sur l’intégrisme, nous ne serions pas là à nous réclamer d’un mouvement ouvrier, qui était, lui, vraiment en haillons et qui a institué pour la première fois la séparation de l’Église et de l’État pendant la Commune de Paris. Bref, c’est un argument purement victimaire, particulièrement étrange venant de gens très souvent anti-sionistes puisque cette posture victime / bourreau est caractéristique de la défense d’Israël...

    4) Quatrième lieu commun, l’islamisme serait le simple produit de jeux politico-médiatiques de l’Occident, la créature des manigances et manipulations du Frankenstein américano-européen. Bien sûr que non : lorsqu’on prend du recul, c’est un fait historique propre, intrinsèque à l’aire arabo-islamique comme le montre l’exposé précédent. À penser de la sorte, on réduit les trois quarts des populations mondiales au rôle de pions irresponsables et demeurés, sans initiatives, jugements ou capacités de réaction. Alors, bien évidemment, les États-Unis, la Russie, les grandes puissances jouent un jeu d’échecs mondial depuis qu’elles existent, c’est le principe immémorial de toute politique, y compris les forces encore subalternes, comme l’Arabie saoudite, ou l’Iran, le Pakistan, etc. Il y a manipulations mutuelles incessantes, qui peuvent se retourner à terme contre l’instigateur. Et puis les luttes de décolonisation, par exemple, étaient en partie épaulées par le bloc de l’Est — ce n’est pas pour ça que l’on va les renier… L’offensive lancée par Ben Laden est elle-même une énorme manipulation qui vise à séparer en Occident les populations arabes immigrées des autochtones — et c’est en train de marcher... Donc sans aucun angélisme, il est impossible de réduire l’islamisme au rôle de la CIA à moins de tomber dans la paranoïa. Quant au jeu des médias français, je n’ai rien lu de convaincant sur le sujet. Le jeu de l’oligarchie locale serait plutôt de laisser s’installer un chaos social stérile, un éclatement du corps social qu’elle pourra facilement surplomber.

    5) Cinquième et dernier argument que je prends en compte : l’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam, il y aurait une distance incommensurable, un fossé infranchissable entre la religion mahométane et l’extrême droite islamique. Alors là, vous comprenez immédiatement que c’est en contradiction flagrante avec le premier lieu commun, même si on passe très facilement de l’un à l’autre... C’est évidemment faux : l’islamisme se nourrit du terreau de l’islam exactement comme l’intégrisme catholique naît du catholicisme. Lorsqu’il y a viol, n’importe où, je me sens concerné en tant qu’homme. Le viol interroge la culture masculine, c’est une évidence : il y a un continuum entre cette monstruosité et la banalité du quotidien. Dans le même ordre d’idée, le colonialisme est un fait qui pèse dans l’histoire de la France, c’est un fait qui constitue un pan important de sa culture, et que tout Français, y compris naturalisé, porte en lui, qu’il le veuille ou non. Il y a ici encore un continuum entre le colonialisme et l’universalisme des Lumières, qui demande à être interrogé, qui l’est largement, même si ce n’est pas la même chose, bien entendu. On pourrait continuer : depuis l’après-guerre, le nationalisme ne peut plus être pensé comme au XIXe siècle et interroge tout patriotisme, et le communisme est désormais un mot dégoulinant de sang qui doit faire douter tous les marxistes. Alors oui, évidemment, tout musulman a à se positionner vis-à-vis des monstruosités qui se font au nom de la croyance qu’il a choisie, et l’islamisme interroge profondément l’islam et devrait profondément interroger ses adeptes. Ce n’est pas le cas, c’est même le contraire qui se passe, il y a surenchère et c’est absolument dramatique. J’en reparlerai à la fin.

    https://collectiflieuxcommuns.fr/689-islamisme-islamophobie-islamo

  • Pour Alain Finkielkraut, #balancetonporc n’est qu’une excuse pour “noyer le poisson de l’islam”

    Et explique que “Mediapart n’est pas un site d’information, c’est une secte fanatique”…

    Alain Finkielkraut a donné lundi 21 novembre un entretien au FigaroVox, et en bon philosophe, il a délivré quelques leçons de vivre-ensemble, d’empathie et de pondération. Il est ainsi revenu sur le hashtag #balancetonporc et sur la libération de la parole des victimes d’agression sexuelle après l’affaire Weinstein. Il explique ainsi aux personnes agressées qu’elles ne devraient pas parler, ou en tout cas pas comme ça :

    “J’ai eu un haut-le-cœur. On nous tympanise jour et nuit avec les valeurs, or le mot de ‘balance’ et la pratique qu’il induit sont contraires à toutes les valeurs de la civilisation. La fin ne justifie pas les moyens, l’émancipation ne saurait en passer par la délation.”
    Mais pour lui, ce hashtag, et les différentes affaires de harcèlement sexuel qui ont impliqué un ancien président du MJS, des députés, le directeur de la rédaction de LCI, Tariq Ramadan, et plusieurs acteurs et réalisateurs comme Kevin Spacey, Ed Westwick, Louis C.K., ne sont pas arrivés par hasard. Même si le mot de complot n’est pas prononcé, on comprend à la lecture de l’entretien d’Alain Finkielkraut qu’il y avait un but caché derrière tous ces récits :

    “L’un des objectifs de la campagne #balancetonporc était de noyer le poisson de l’islam : oubliée Cologne, oubliée la Chapelle Pajol… et puis patatras, les noyeurs de poisson attrapent, bien malgré eux, un très gros poisson islamiste : #Tariqramadan”

    Il décide aussi de rendre hommage au site d’Edwy Plenel :

    “Mediapart n’est pas un site d’information, c’est une secte fanatique et d’autant plus méchante que rien jamais n’entame la bonne conscience antiraciste de ses membres.”

    Alain Finkielkraut n’oublie pas non plus les féministes, et explique qu’actuellement avec la PMA “la disparition de l’homme devient un droit de la femme” et se demande, au premier degré, “est-il encore sérieux de parler d’ordre patriarcal” ?

    Evidemment, sur les réseaux sociaux, les propos du philosophe ont été tournés en dérision. Sûrement parce qu’il est impossible de prendre ça au sérieux.

    http://www.lesinrocks.com/2017/11/20/actualite/que-va-devenir-force-republicaine-le-micro-parti-de-francois-fillon-111011336/

  • https://collectiflieuxcommuns.fr/689-islamisme-islamophobie-islamo
    Partons effectivement de la question de la passivité d’une grande partie du dit « peuple de gauche », du mutisme face à cette extrême droite musulmane qui remplit tous les critères de ce terme, comme l’exposé précédent les a précisés, et même bien plus que nos droites nationales en France — les néo-nazis, les monarchistes et les croisés sont ici encore vraiment minoritaires — mais qui retiennent toute l’attention.

    Alors pourquoi tant de silence, de gêne, pourquoi aussi peu de réactions ? C’est une question centrale parce qu’une telle attitude ouvre évidemment un boulevard à tous les amalgames et toutes les réactions xénophobes — nous y reviendrons à la fin.

    Pour comprendre cette paralysie critique vis-à-vis de l’islamisme, il peut-être intéressant d’aller voir ceux qui y sont favorables, ou au moins très complaisants : leur discours concentre ce qui est plus diffus ailleurs, ils disent plus clairement et distinctement ce qui se pense plus discrètement sous d’autres cieux.

    Un terme vient alors à l’esprit, celui d’islamo-gauchisme.

    Il est évidemment très polémique.

    Il est sujet à caution d’abord parce que l’expression de gauchiste n’est pas très précise : Ce serait quelqu’un d’apparenté à une famille politique issue du ou plutôt des marxismes qui ont marqué le XXe siècle, parce qu’il y en a eu quand même une sacrée flopée. On va me dire qu’il y a aussi pas mal de pseudo-libertaires ou d’anarchistes ou encore de féministes qui sont concernés, mais comme on le verra, ils ont adopté de facto et depuis longtemps les grands schémas marxistoïdes qui fondent le camp de la religion du progrès, c’est-à-dire, globalement la « gauche » [1].

    Quant au préfixe islamo-, pas très précis non plus, ce serait l’association entre une approche gauchiste et l’islam, sous la forme de la complaisance d’un gauchiste vis-à-vis de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte ou, à l’inverse, d’un islamiste qui gauchirait son discours. Bref ce terme descriptif, qui a déjà près de dix ans, recouvre quand même une sacrée réalité et à ce titre, en attendant mieux, nous l’utiliserons, puisqu’il permet de cerner cette mouvance protéiforme qui prétend combattre l’Occident en essayant de s’allier l’héritage des combats anticapitalistes et la guerre actuelle des islamistes plus ou moins soft.

    Bien sûr, c’est un courant confus et épars mais tout à fait tangible qui a eu son heure de gloire au moment de l’altermondialisme, après le 11 septembre et les réactions américaines, mais qui se maintient aujourd’hui largement, même si depuis le naufrage des soulèvements arabes, il a du mal à assurer une apparence de cohérence — mais on verra que c’est le cadet de ses soucis, puisque le but final est de brouiller les cartes.

    Qui sont les islamo-gauchistes ?

    Cette complaisance intellectualisée pour l’islam ou même l’islamisme, qu’il s’agisse de l’islamisme passif ou même actif, on la rencontre très explicitement dans un tout petit noyau.

    Il y a d’un côté les islamistes plus ou moins déclarés,
    - les Tariq Ramadan,
    - les Houria Boutelja et consorts
    - des Indigènes de la République,
    - des imams officiels ou autoproclamés, etc.
    qui ont compris que des gauchistes pouvaient leur être tactiquement utiles.

    De l’autre côté, on trouve tous ces gauchistes qui les entourent et leur servent la soupe. Je pense entre autres à
    - Pierre Tevanian (+Sylvie Tissot),
    - Alain Gresh,
    - Christine Delphy, etc.,
    qui veulent voir plus ou moins confusément dans l’islam et l’islamisme un support à la critique de l’Occident.

    C’est donc, je l’ai dit, un tout petit noyau qui devrait être une curiosité ethnologique, mais il concentre et explicite une posture, un prêt-à-penser, qu’on rencontre ailleurs sous forme de cercles concentriques. Ce discours-là est donc présent de manière diffuse dans des milieux tout de même plus respectables comme
    - Le Monde Diplomatique,
    - l’émission de radio « Là-bas si j’y suis »,
    - médiapart etc.

    C’est bien sûr dans certains cercles « pro-palestiniens » qu’on retrouve le mieux ce salmigondis d’anti-impérialisme et d’éloge (des islamistes) du Hamas, voire du Hezbollah, mais on croise ces réflexes un peu partout : par exemple dans notre brochure, nous ferraillons contre un gauchiste qui reprend ces thèses en vrac, sans en être convaincu lui-même, mais qui ne semble pas pouvoir les réfuter tout seul. Cette posture « à gauche », plus importante qu’on ne le pense, n’est pas un hasard puisque ce discours islamo-gauchiste joue justement sur les catégories historiques de la « pensée » de « Gauche », comme on va le voir. Il est donc assez facile à repérer dès qu’on en a la clef.

    Et puis, il y a tous ceux, très nombreux, pour qui tout cela semble apparaître comme un point aveugle, qui passent la chose sous un silence plus ou moins complice ou procèdent par omissions spécifiques, sous-entendus ou ironie. Ils ne cessent d’excuser, de dédouaner, de minimiser l’extrême droite musulmane, quand ils en reconnaissent l’existence, alors même qu’ils sont extrêmement sourcilleux concernant l’extrême droite française ou tout simplement la droite [2].

    - Les principales victimes, si j’ose dire, ce sont les milieux dits « antifascistes » qui sont absolument aveugles à cette extrême droite musulmane et totalement muets à son endroit, du moins de ce que j’en sais.

    J’en ai vu dernièrement, par exemple, défiler dans ma ville de banlieue populaire en criant « Pas de fachos dans nos quartiers ! », etc. Évidemment, les fachos ne sont pas dans ces quartiers-là, et sûrement pas dans le mien, et à peine dans ses urnes. Par contre des barbus et autres porteurs de qamis il y en a, en tenue de djihadistes, et à tire-larigot. Là, la contradiction est criante, quand même, mais il est impossible de le leur faire comprendre, la question ne sera pas posée, même lorsque des femmes en burqa passent en riant devant la banderole... Ces militants, qui se proclament pour l’égalité des sexes, pour la liberté des homosexuels, contre les discriminations et le capitalisme, etc., mettent l’islamisme de quartier hors de cause, même lorsqu’il fait des morts. Tout cela interroge fortement, et notamment nos copains tunisiens qui ne comprennent pas pourquoi une telle complaisance, qui serait facilement explicable en terre musulmane, parce que ce phénomène d’islamo-gauchisme est très répandu chez eux comme le montre l’interview d’eux dans notre brochure 19, mais qui leur paraît incroyable en France, terre de combats antireligieux.

    Alors avant d’aborder le pourquoi, de proposer une explication, je vais me demander comment ils procèdent, quels sont les arguments utilisés.

    Il y a ainsi un certain nombre de lieux communs que je vais passer en revue. « Lieux Communs », c’est aussi le nom de notre collectif, et c’est lié au fait que nous pensons qu’il y a une quantité hallucinante de lieux communs qu’il y aurait à pulvériser, et parallèlement qu’il y a aussi beaucoup de lieux communs que nous voudrions instaurer, ou du moins des banalités de base sans lesquelles on ne peut pas penser le monde actuel — l’exposé qui m’a précédé en relève, ça a été dit. Je vais donc parler des lieux communs que nous voudrions pulvériser, les absurdités qui surgissent immanquablement dès qu’il est question d’islamisme, pour le diminuer, le justifier, l’excuser, ou le dénier tout simplement.

    Les lieux communs de la tolérance à l’islamisme

    1) Premièrement, l’islamisme serait peu ou prou une pratique traditionnelle, et qui mériterait donc le respect. C’est évidemment une absurdité totale, puisque l’islamisme contemporain est un regain tout à fait récent à l’échelle de l’histoire. Il y a seulement trente ans, les voiles traditionnels étaient extrêmement rares dans la rue, et c’était le propre des femmes âgées ou débarquées du bled. Aujourd’hui, ce sont des voiles islamiques, devenus une pratique offensive et tout à fait banale, par exemple ici chez des immigrées de deuxième ou troisième génération, mais cette évolution est visible y compris et surtout dans la plupart des pays musulmans. La chose est aussi évidente au niveau géopolitique : le conflit israélo-palestinien n’avait rien de religieux il y a quelques décennies et aujourd’hui le choix est entre le Hamas et Tsahal — bon courage. Bon, l’exposé précédent a été clair, je ne vais pas m’étendre là-dessus : l’islamisme, s’il appartient en propre à la culture arabo-musulmane, n’a rien d’une tradition, encore moins respectable, et c’est d’ailleurs un argument extrêmement suspect sur lequel nous reviendrons — à cette aune, il faudrait considérer le fascisme comme une honorable tradition italienne. Et quand bien même le serait-ce, la tradition n’a rien de sacré à nos yeux.

    2) Deuxième lieu commun — ce ne sont que des exemples et je n’en passe que quelques-uns en revue : l’islamisme se réduirait finalement à quelques excès marginaux tout à fait secondaires de la religion, ces courants seraient des passades qui ne dureraient qu’un temps, bref des épiphénomènes qu’il ne faudrait pas monter en épingle. On pouvait dire ça en étant mal renseigné dans les années 80, mais aujourd’hui malheureusement, il faut admettre que ce sont des dynamiques de fond. Rien qu’en France, il faut au moins remonter jusqu’à Khaled Kelkal et les attentats du GIA, les jeux politiques iraniens via le Hezbollah autour des otages au Liban, ou à la première question du voile, en 1989, ou encore aux fatwas contre Salman Rushdie, etc. Même période temporelle pour l’assassinat de Sadate en Égypte, la formation au Djihad dans l’Afghanistan soviétique ou l’instauration de la république islamique d’Iran. Et tout cela découle d’un réveil dans les années 70... Non, ça ne date pas d’hier. Par ailleurs, on parle d’un phénomène, d’une guerre à l’échelle continentale comme l’a été la guerre froide, qui concerne directement près d’un milliard de personnes, dans des régions aussi séparées que le Soudan, le Pakistan, l’Inde, le Maroc ou l’Indonésie. Sans parler des territoires européens. C’est donc un phénomène de fond, une dynamique civilisationnelle qui doit interroger. Est-ce que cela va continuer ou s’arrêter, c’est une autre question. Mais ce qu’on peut dire, c’est que c’est un phénomène de fond qui n’a plus rien de marginal.

    3) Troisième argument, troisième lieu commun, tout cela serait des conséquences normales de situations très difficiles que vivraient les pays arabes ou les musulmans en général. C’est un discours victimaire qui fait florès mais qui est aussi une absurdité, et d’abord parce que l’islamisme est un phénomène postcolonial ; il se déploie après les décolonisations et non pas durant le colonialisme. Les luttes d’indépendance ne sont pas du tout le fait d’islamistes ou en tout cas leur rôle était complètement secondaire : ce n’est pas au nom de l’islam que le peuple algérien réclamait et a gagné son indépendance, pas plus que la Tunisie, etc. Le « chaos algérien » est arrivé près d’une génération après... D’autre part, les immigrés de ces pays qui sont arrivés en France dans les années 50 et 60 ont vécu dans des bidonvilles dans des conditions totalement honteuses, et il n’y avait nulle trace d’islamisme chez eux. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’on parle même des « bobars », les « bobos » barbus. C’est même le phénomène inverse, puisqu’on voit aujourd’hui en France des Arabes ou des musulmans membres du gouvernement, journalistes, artistes, chercheurs, humoristes, PDG, profs, cadres, écrivains... et que les États islamistes sont parmi les plus riches du monde. L’extrême droite musulmane est un fait qui concerne aujourd’hui toutes les catégories sociales et n’est pas du tout le fait des plus pauvres ou des plus discriminés : c’est ce que montre concrètement l’impossibilité du « profilage » des terroristes. Au niveau géopolitique, cela se vérifie aussi : l’islamisme est bien installé en Turquie, qui n’a pas été colonisée, et on ne voit aucun extrémisme religieux dans l’ex-Indochine française, ou dans l’ex-Congo Belge, où le colonialisme a été particulièrement ravageur. Enfin, si la souffrance sociale débouchait nécessairement sur l’intégrisme, nous ne serions pas là à nous réclamer d’un mouvement ouvrier, qui était, lui, vraiment en haillons et qui a institué pour la première fois la séparation de l’Église et de l’État pendant la Commune de Paris. Bref, c’est un argument purement victimaire, particulièrement étrange venant de gens très souvent anti-sionistes puisque cette posture victime / bourreau est caractéristique de la défense d’Israël...

    4) Quatrième lieu commun, l’islamisme serait le simple produit de jeux politico-médiatiques de l’Occident, la créature des manigances et manipulations du Frankenstein américano-européen. Bien sûr que non : lorsqu’on prend du recul, c’est un fait historique propre, intrinsèque à l’aire arabo-islamique comme le montre l’exposé précédent. À penser de la sorte, on réduit les trois quarts des populations mondiales au rôle de pions irresponsables et demeurés, sans initiatives, jugements ou capacités de réaction. Alors, bien évidemment, les États-Unis, la Russie, les grandes puissances jouent un jeu d’échecs mondial depuis qu’elles existent, c’est le principe immémorial de toute politique, y compris les forces encore subalternes, comme l’Arabie saoudite, ou l’Iran, le Pakistan, etc. Il y a manipulations mutuelles incessantes, qui peuvent se retourner à terme contre l’instigateur. Et puis les luttes de décolonisation, par exemple, étaient en partie épaulées par le bloc de l’Est — ce n’est pas pour ça que l’on va les renier… L’offensive lancée par Ben Laden est elle-même une énorme manipulation qui vise à séparer en Occident les populations arabes immigrées des autochtones — et c’est en train de marcher... Donc sans aucun angélisme, il est impossible de réduire l’islamisme au rôle de la CIA à moins de tomber dans la paranoïa. Quant au jeu des médias français, je n’ai rien lu de convaincant sur le sujet. Le jeu de l’oligarchie locale serait plutôt de laisser s’installer un chaos social stérile, un éclatement du corps social qu’elle pourra facilement surplomber.

    5) Cinquième et dernier argument que je prends en compte : l’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam, il y aurait une distance incommensurable, un fossé infranchissable entre la religion mahométane et l’extrême droite islamique. Alors là, vous comprenez immédiatement que c’est en contradiction flagrante avec le premier lieu commun, même si on passe très facilement de l’un à l’autre... C’est évidemment faux : l’islamisme se nourrit du terreau de l’islam exactement comme l’intégrisme catholique naît du catholicisme. Lorsqu’il y a viol, n’importe où, je me sens concerné en tant qu’homme. Le viol interroge la culture masculine, c’est une évidence : il y a un continuum entre cette monstruosité et la banalité du quotidien. Dans le même ordre d’idée, le colonialisme est un fait qui pèse dans l’histoire de la France, c’est un fait qui constitue un pan important de sa culture, et que tout Français, y compris naturalisé, porte en lui, qu’il le veuille ou non. Il y a ici encore un continuum entre le colonialisme et l’universalisme des Lumières, qui demande à être interrogé, qui l’est largement, même si ce n’est pas la même chose, bien entendu. On pourrait continuer : depuis l’après-guerre, le nationalisme ne peut plus être pensé comme au XIXe siècle et interroge tout patriotisme, et le communisme est désormais un mot dégoulinant de sang qui doit faire douter tous les marxistes. Alors oui, évidemment, tout musulman a à se positionner vis-à-vis des monstruosités qui se font au nom de la croyance qu’il a choisie, et l’islamisme interroge profondément l’islam et devrait profondément interroger ses adeptes. Ce n’est pas le cas, c’est même le contraire qui se passe, il y a surenchère et c’est absolument dramatique. J’en reparlerai à la fin.

    https://collectiflieuxcommuns.fr/689-islamisme-islamophobie-islamo

  • Pourquoi les « anti-racialisateurs » (et aussi celleux qui les soutiennent) font partie du problème... et non de la solution

    Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.

    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.

    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».

    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.
    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.

    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.

    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.
    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.

    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.
    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.
    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.

    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise fois, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.

    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.

    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.
    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.

    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.

    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.
    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.
    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.

    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.

    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.

    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    On ne vous laissera pas nous renvoyer dans le placard ou parmi les oublié-es de la révolution !

    une personne blanche – novembre 2016

    ps : Je ne me suis pas attardé dans ce texte sur les faits qui se sont déroulés dans la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords. Le communiqué concernant l’action menée contre la discussion prévue ce soir-là décrit déjà assez bien ce qu’il s’y est passé, contrairement aux autres textes remplis de victimisme, de mensonges et de mauvaise fois.

    Modération

    Publié : le vendredi 25 novembre 2016 à 22:50 par modo

    Article validé et commentaires cachés à priori pour éviter le trollage. Des commentaires (et donc leurs réponses) ont été cachés également pour le motif suivant :

    Les articles qui accusent de « racialistes » les personnes qui s’organisent en non-mixité/construisent collectivement des luttes autour de l’analyse de la société hiérarchisée en terme de race n’ont rien à faire sur indymedia nantes. Le site permet la publication d’articles venant de personnes et de groupes qui choisissent la non-mixité comme moyen d’auto-organisation, et c’est certainement pas aux personnes non concernées de venir publier des articles pour dire a quel point c’est contre-révolutionnaire. Une identité de lutte n’a rien a voir avec un mouvement identitaire.

    Pour rappel le racialisme c’est un mouvement scientifique du 19ème et qui a créé des catégories sociales, raciales, de genre... et qui justifiait les systèmes d’oppression, la colonisation, l’exploitation de races, de classes, des femmes,... On notera aussi que ces racialistes – en plus de n’’être que des blancs –, disposaient de canaux de communications larges et de positions de pouvoir comme par exemple être au gouvernement, dans les médias et facs réputées etc.

    Peut être aussi faudrait se calmer sur le PIR et Bouteldja et arrêter de tout ramener a elleux. Tou-te-s les militant-e-s antiracistes ne sont pas forcément affilié-e-s au PIR.
    Enfin bref, vu le contexte raciste actuel, c’est pas très étonnant que ce genre de position ressortent, sauf qu’indymedia ne sera pas utilisé pour être le relais de ce type de discours.

    https://nantes.indymedia.org/articles/36245#comment-279278

  • https://collectiflieuxcommuns.fr/689-islamisme-islamophobie-islamo

    Partons effectivement de la question de la passivité d’une grande partie du dit « peuple de gauche », du mutisme face à cette extrême droite musulmane qui remplit tous les critères de ce terme, comme l’exposé précédent les a précisés, et même bien plus que nos droites nationales en France — les néo-nazis, les monarchistes et les croisés sont ici encore vraiment minoritaires — mais qui retiennent toute l’attention.

    - Alors pourquoi tant de silence, de gêne, pourquoi aussi peu de réactions ? C’est une question centrale parce qu’une telle attitude ouvre évidemment un boulevard à tous les amalgames et toutes les réactions xénophobes — nous y reviendrons à la fin.

    - Pour comprendre cette paralysie critique vis-à-vis de l’islamisme, il peut-être intéressant d’aller voir ceux qui y sont favorables, ou au moins très complaisants : leur discours concentre ce qui est plus diffus ailleurs, ils disent plus clairement et distinctement ce qui se pense plus discrètement sous d’autres cieux.


    Un terme vient alors à l’esprit, celui d’islamo-gauchisme.

    Il est évidemment très polémique.

    Il est sujet à caution d’abord parce que l’expression de gauchiste n’est pas très précise : Ce serait quelqu’un d’apparenté à une famille politique issue du ou plutôt des marxismes qui ont marqué le XXe siècle, parce qu’il y en a eu quand même une sacrée flopée. On va me dire qu’il y a aussi pas mal de pseudo-libertaires ou d’anarchistes ou encore de féministes qui sont concernés, mais comme on le verra, ils ont adopté de facto et depuis longtemps les grands schémas marxistoïdes qui fondent le camp de la religion du progrès, c’est-à-dire, globalement la « gauche » [1].

    Quant au préfixe islamo-, pas très précis non plus, ce serait l’association entre une approche gauchiste et l’islam, sous la forme de la complaisance d’un gauchiste vis-à-vis de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte ou, à l’inverse, d’un islamiste qui gauchirait son discours. Bref ce terme descriptif, qui a déjà près de dix ans, recouvre quand même une sacrée réalité et à ce titre, en attendant mieux, nous l’utiliserons, puisqu’il permet de cerner cette mouvance protéiforme qui prétend combattre l’Occident en essayant de s’allier l’héritage des combats anticapitalistes et la guerre actuelle des islamistes plus ou moins soft.

    Bien sûr, c’est un courant confus et épars mais tout à fait tangible qui a eu son heure de gloire au moment de l’altermondialisme, après le 11 septembre et les réactions américaines, mais qui se maintient aujourd’hui largement, même si depuis le naufrage des soulèvements arabes, il a du mal à assurer une apparence de cohérence — mais on verra que c’est le cadet de ses soucis, puisque le but final est de brouiller les cartes.


    Qui sont les islamo-gauchistes ?

    Cette complaisance intellectualisée pour l’islam ou même l’islamisme, qu’il s’agisse de l’islamisme passif ou même actif, on la rencontre très explicitement dans un tout petit noyau.

    Il y a d’un côté les islamistes plus ou moins déclarés,
    - les Tariq Ramadan,
    - les Houria Boutelja et consorts
    - des Indigènes de la République,
    - des imams officiels ou autoproclamés, etc.
    qui ont compris que des gauchistes pouvaient leur être tactiquement utiles.

    De l’autre côté, on trouve tous ces gauchistes qui les entourent et leur servent la soupe. Je pense entre autres à
    - Pierre Tevanian (+Sylvie Tissot),
    - Alain Gresh,
    - Christine Delphy, etc.,
    qui veulent voir plus ou moins confusément dans l’islam et l’islamisme un support à la critique de l’Occident.

    C’est donc, je l’ai dit, un tout petit noyau qui devrait être une curiosité ethnologique, mais il concentre et explicite une posture, un prêt-à-penser, qu’on rencontre ailleurs sous forme de cercles concentriques. Ce discours-là est donc présent de manière diffuse dans des milieux tout de même plus respectables comme
    - Le Monde Diplomatique,
    - l’émission de radio « Là-bas si j’y suis »,
    - médiapart etc.

    C’est bien sûr dans certains cercles « pro-palestiniens » qu’on retrouve le mieux ce salmigondis d’anti-impérialisme et d’éloge (des islamistes) du Hamas, voire du Hezbollah, mais on croise ces réflexes un peu partout : par exemple dans notre brochure, nous ferraillons contre un gauchiste qui reprend ces thèses en vrac, sans en être convaincu lui-même, mais qui ne semble pas pouvoir les réfuter tout seul. Cette posture « à gauche », plus importante qu’on ne le pense, n’est pas un hasard puisque ce discours islamo-gauchiste joue justement sur les catégories historiques de la « pensée » de « Gauche », comme on va le voir. Il est donc assez facile à repérer dès qu’on en a la clef.

    Et puis, il y a tous ceux, très nombreux, pour qui tout cela semble apparaître comme un point aveugle, qui passent la chose sous un silence plus ou moins complice ou procèdent par omissions spécifiques, sous-entendus ou ironie. Ils ne cessent d’excuser, de dédouaner, de minimiser l’extrême droite musulmane, quand ils en reconnaissent l’existence, alors même qu’ils sont extrêmement sourcilleux concernant l’extrême droite française ou tout simplement la droite [2].

    - Les principales victimes, si j’ose dire, ce sont les milieux dits « antifascistes » qui sont absolument aveugles à cette extrême droite musulmane et totalement muets à son endroit, du moins de ce que j’en sais.

    J’en ai vu dernièrement, par exemple, défiler dans ma ville de banlieue populaire en criant « Pas de fachos dans nos quartiers ! », etc. Évidemment, les fachos ne sont pas dans ces quartiers-là, et sûrement pas dans le mien, et à peine dans ses urnes. Par contre des barbus et autres porteurs de qamis il y en a, en tenue de djihadistes, et à tire-larigot. Là, la contradiction est criante, quand même, mais il est impossible de le leur faire comprendre, la question ne sera pas posée, même lorsque des femmes en burqa passent en riant devant la banderole... Ces militants, qui se proclament pour l’égalité des sexes, pour la liberté des homosexuels, contre les discriminations et le capitalisme, etc., mettent l’islamisme de quartier hors de cause, même lorsqu’il fait des morts. Tout cela interroge fortement, et notamment nos copains tunisiens qui ne comprennent pas pourquoi une telle complaisance, qui serait facilement explicable en terre musulmane, parce que ce phénomène d’islamo-gauchisme est très répandu chez eux comme le montre l’interview d’eux dans notre brochure 19, mais qui leur paraît incroyable en France, terre de combats antireligieux.

    Alors avant d’aborder le pourquoi, de proposer une explication, je vais me demander comment ils procèdent, quels sont les arguments utilisés.

    Il y a ainsi un certain nombre de lieux communs que je vais passer en revue. « Lieux Communs », c’est aussi le nom de notre collectif, et c’est lié au fait que nous pensons qu’il y a une quantité hallucinante de lieux communs qu’il y aurait à pulvériser, et parallèlement qu’il y a aussi beaucoup de lieux communs que nous voudrions instaurer, ou du moins des banalités de base sans lesquelles on ne peut pas penser le monde actuel — l’exposé qui m’a précédé en relève, ça a été dit. Je vais donc parler des lieux communs que nous voudrions pulvériser, les absurdités qui surgissent immanquablement dès qu’il est question d’islamisme, pour le diminuer, le justifier, l’excuser, ou le dénier tout simplement.


    Les lieux communs de la tolérance à l’islamisme

    • 1) Premièrement, l’islamisme serait peu ou prou une pratique traditionnelle, et qui mériterait donc le respect. C’est évidemment une absurdité totale, puisque l’islamisme contemporain est un regain tout à fait récent à l’échelle de l’histoire. Il y a seulement trente ans, les voiles traditionnels étaient extrêmement rares dans la rue, et c’était le propre des femmes âgées ou débarquées du bled. Aujourd’hui, ce sont des voiles islamiques, devenus une pratique offensive et tout à fait banale, par exemple ici chez des immigrées de deuxième ou troisième génération, mais cette évolution est visible y compris et surtout dans la plupart des pays musulmans. La chose est aussi évidente au niveau géopolitique : le conflit israélo-palestinien n’avait rien de religieux il y a quelques décennies et aujourd’hui le choix est entre le Hamas et Tsahal — bon courage. Bon, l’exposé précédent a été clair, je ne vais pas m’étendre là-dessus : l’islamisme, s’il appartient en propre à la culture arabo-musulmane, n’a rien d’une tradition, encore moins respectable, et c’est d’ailleurs un argument extrêmement suspect sur lequel nous reviendrons — à cette aune, il faudrait considérer le fascisme comme une honorable tradition italienne. Et quand bien même le serait-ce, la tradition n’a rien de sacré à nos yeux.
    • 2) Deuxième lieu commun — ce ne sont que des exemples et je n’en passe que quelques-uns en revue : l’islamisme se réduirait finalement à quelques excès marginaux tout à fait secondaires de la religion, ces courants seraient des passades qui ne dureraient qu’un temps, bref des épiphénomènes qu’il ne faudrait pas monter en épingle. On pouvait dire ça en étant mal renseigné dans les années 80, mais aujourd’hui malheureusement, il faut admettre que ce sont des dynamiques de fond. Rien qu’en France, il faut au moins remonter jusqu’à Khaled Kelkal et les attentats du GIA, les jeux politiques iraniens via le Hezbollah autour des otages au Liban, ou à la première question du voile, en 1989, ou encore aux fatwas contre Salman Rushdie, etc. Même période temporelle pour l’assassinat de Sadate en Égypte, la formation au Djihad dans l’Afghanistan soviétique ou l’instauration de la république islamique d’Iran. Et tout cela découle d’un réveil dans les années 70... Non, ça ne date pas d’hier. Par ailleurs, on parle d’un phénomène, d’une guerre à l’échelle continentale comme l’a été la guerre froide, qui concerne directement près d’un milliard de personnes, dans des régions aussi séparées que le Soudan, le Pakistan, l’Inde, le Maroc ou l’Indonésie. Sans parler des territoires européens. C’est donc un phénomène de fond, une dynamique civilisationnelle qui doit interroger. Est-ce que cela va continuer ou s’arrêter, c’est une autre question. Mais ce qu’on peut dire, c’est que c’est un phénomène de fond qui n’a plus rien de marginal.
    • 3) Troisième argument, troisième lieu commun, tout cela serait des conséquences normales de situations très difficiles que vivraient les pays arabes ou les musulmans en général. C’est un discours victimaire qui fait florès mais qui est aussi une absurdité, et d’abord parce que l’islamisme est un phénomène postcolonial ; il se déploie après les décolonisations et non pas durant le colonialisme. Les luttes d’indépendance ne sont pas du tout le fait d’islamistes ou en tout cas leur rôle était complètement secondaire : ce n’est pas au nom de l’islam que le peuple algérien réclamait et a gagné son indépendance, pas plus que la Tunisie, etc. Le « chaos algérien » est arrivé près d’une génération après... D’autre part, les immigrés de ces pays qui sont arrivés en France dans les années 50 et 60 ont vécu dans des bidonvilles dans des conditions totalement honteuses, et il n’y avait nulle trace d’islamisme chez eux. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’on parle même des « bobars », les « bobos » barbus. C’est même le phénomène inverse, puisqu’on voit aujourd’hui en France des Arabes ou des musulmans membres du gouvernement, journalistes, artistes, chercheurs, humoristes, PDG, profs, cadres, écrivains... et que les États islamistes sont parmi les plus riches du monde. L’extrême droite musulmane est un fait qui concerne aujourd’hui toutes les catégories sociales et n’est pas du tout le fait des plus pauvres ou des plus discriminés : c’est ce que montre concrètement l’impossibilité du « profilage » des terroristes. Au niveau géopolitique, cela se vérifie aussi : l’islamisme est bien installé en Turquie, qui n’a pas été colonisée, et on ne voit aucun extrémisme religieux dans l’ex-Indochine française, ou dans l’ex-Congo Belge, où le colonialisme a été particulièrement ravageur. Enfin, si la souffrance sociale débouchait nécessairement sur l’intégrisme, nous ne serions pas là à nous réclamer d’un mouvement ouvrier, qui était, lui, vraiment en haillons et qui a institué pour la première fois la séparation de l’Église et de l’État pendant la Commune de Paris. Bref, c’est un argument purement victimaire, particulièrement étrange venant de gens très souvent anti-sionistes puisque cette posture victime / bourreau est caractéristique de la défense d’Israël...
    • 4) Quatrième lieu commun, l’islamisme serait le simple produit de jeux politico-médiatiques de l’Occident, la créature des manigances et manipulations du Frankenstein américano-européen. Bien sûr que non : lorsqu’on prend du recul, c’est un fait historique propre, intrinsèque à l’aire arabo-islamique comme le montre l’exposé précédent. À penser de la sorte, on réduit les trois quarts des populations mondiales au rôle de pions irresponsables et demeurés, sans initiatives, jugements ou capacités de réaction. Alors, bien évidemment, les États-Unis, la Russie, les grandes puissances jouent un jeu d’échecs mondial depuis qu’elles existent, c’est le principe immémorial de toute politique, y compris les forces encore subalternes, comme l’Arabie saoudite, ou l’Iran, le Pakistan, etc. Il y a manipulations mutuelles incessantes, qui peuvent se retourner à terme contre l’instigateur. Et puis les luttes de décolonisation, par exemple, étaient en partie épaulées par le bloc de l’Est — ce n’est pas pour ça que l’on va les renier… L’offensive lancée par Ben Laden est elle-même une énorme manipulation qui vise à séparer en Occident les populations arabes immigrées des autochtones — et c’est en train de marcher... Donc sans aucun angélisme, il est impossible de réduire l’islamisme au rôle de la CIA à moins de tomber dans la paranoïa. Quant au jeu des médias français, je n’ai rien lu de convaincant sur le sujet. Le jeu de l’oligarchie locale serait plutôt de laisser s’installer un chaos social stérile, un éclatement du corps social qu’elle pourra facilement surplomber.
    • 5) Cinquième et dernier argument que je prends en compte : l’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam, il y aurait une distance incommensurable, un fossé infranchissable entre la religion mahométane et l’extrême droite islamique. Alors là, vous comprenez immédiatement que c’est en contradiction flagrante avec le premier lieu commun, même si on passe très facilement de l’un à l’autre... C’est évidemment faux : l’islamisme se nourrit du terreau de l’islam exactement comme l’intégrisme catholique naît du catholicisme. Lorsqu’il y a viol, n’importe où, je me sens concerné en tant qu’homme. Le viol interroge la culture masculine, c’est une évidence : il y a un continuum entre cette monstruosité et la banalité du quotidien. Dans le même ordre d’idée, le colonialisme est un fait qui pèse dans l’histoire de la France, c’est un fait qui constitue un pan important de sa culture, et que tout Français, y compris naturalisé, porte en lui, qu’il le veuille ou non. Il y a ici encore un continuum entre le colonialisme et l’universalisme des Lumières, qui demande à être interrogé, qui l’est largement, même si ce n’est pas la même chose, bien entendu. On pourrait continuer : depuis l’après-guerre, le nationalisme ne peut plus être pensé comme au XIXe siècle et interroge tout patriotisme, et le communisme est désormais un mot dégoulinant de sang qui doit faire douter tous les marxistes. Alors oui, évidemment, tout musulman a à se positionner vis-à-vis des monstruosités qui se font au nom de la croyance qu’il a choisie, et l’islamisme interroge profondément l’islam et devrait profondément interroger ses adeptes. Ce n’est pas le cas, c’est même le contraire qui se passe, il y a surenchère et c’est absolument dramatique. J’en reparlerai à la fin.

    https://collectiflieuxcommuns.fr/689-islamisme-islamophobie-islamo

  • Pourquoi les « anti-racialisateurs » (et aussi celleux qui les soutiennent) font partie du problème... et non de la solution

    Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.

    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.

    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».

    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.
    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.

    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.

    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.
    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.

    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.
    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.
    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.

    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise fois, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.

    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.

    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.
    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.

    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.

    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.
    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.
    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.

    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.

    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.

    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    On ne vous laissera pas nous renvoyer dans le placard ou parmi les oublié-es de la révolution !

    une personne blanche – novembre 2016

    ps : Je ne me suis pas attardé dans ce texte sur les faits qui se sont déroulés dans la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords. Le communiqué concernant l’action menée contre la discussion prévue ce soir-là décrit déjà assez bien ce qu’il s’y est passé, contrairement aux autres textes remplis de victimisme, de mensonges et de mauvaise fois.

    Modération

    Publié : le vendredi 25 novembre 2016 à 22:50 par modo

    Article validé et commentaires cachés à priori pour éviter le trollage. Des commentaires (et donc leurs réponses) ont été cachés également pour le motif suivant :

    Les articles qui accusent de « racialistes » les personnes qui s’organisent en non-mixité/construisent collectivement des luttes autour de l’analyse de la société hiérarchisée en terme de race n’ont rien à faire sur indymedia nantes. Le site permet la publication d’articles venant de personnes et de groupes qui choisissent la non-mixité comme moyen d’auto-organisation, et c’est certainement pas aux personnes non concernées de venir publier des articles pour dire a quel point c’est contre-révolutionnaire. Une identité de lutte n’a rien a voir avec un mouvement identitaire.

    Pour rappel le racialisme c’est un mouvement scientifique du 19ème et qui a créé des catégories sociales, raciales, de genre... et qui justifiait les systèmes d’oppression, la colonisation, l’exploitation de races, de classes, des femmes,... On notera aussi que ces racialistes – en plus de n’’être que des blancs –, disposaient de canaux de communications larges et de positions de pouvoir comme par exemple être au gouvernement, dans les médias et facs réputées etc.

    Peut être aussi faudrait se calmer sur le PIR et Bouteldja et arrêter de tout ramener a elleux. Tou-te-s les militant-e-s antiracistes ne sont pas forcément affilié-e-s au PIR.
    Enfin bref, vu le contexte raciste actuel, c’est pas très étonnant que ce genre de position ressortent, sauf qu’indymedia ne sera pas utilisé pour être le relais de ce type de discours.

    https://nantes.indymedia.org/articles/36245#comment-279278

  • Le Ministre Blanquer sonne l’alerte. Un syndicat de personnels de l’éducation, chargés professionnellement d’inculquer les principes républicains à nos enfants, dérape et propose aux personnels qu’ils qualifient de racisés de se réunir entre eux pour une réflexion spécifique.

    Je réagis à cette information en jouant les Pérec.

    JE ME SOUVIENS

    Je me souviens.
    Je me souviens du congrès de fondation de la Ligue communiste en avril 1969.
    Jean-François Godchau a fait une intervention sur un phénomène étrange en développement aux États-Unis : des groupes femmes. Des groupes où des femmes se réunissaient entre femmes pour réfléchir à leur oppression spécifique.

    Je ne sais plus s’il avait fait le parallèle et les convergences avec le black power.
    Certes, disait-il, il est peu probable que la même chose se produise en France. Les organisations ouvrières, partis et syndicats, défendent les principes d’égalité entre hommes et femmes, c’est pas comme aux USA. Mais soyons attentifs.

    La déferlante est arrivée dans les mois suivants, jusqu’à l’intérieur de la Ligue communiste dont l’affirmation égalitaire était pourtant sans faille !

    Heureusement que cette déferlante a eu lieu ! Y compris dans les organisations pleines d’hommes prêts à prendre la tête de la libération des femmes. Des hommes qui ne comprenaient pas toujours être exclus de réunions dont ils assuraient partager les objectifs. Des hommes qui craignaient que cette séparation radicale soit contre productive, pas pédagogique. Incompréhension de ce temps nécessaire de réflexion séparée, de ce temps de respiration. Les femmes ont su dire : notre libération, on s’en charge. Là aussi, certaines ont voulu considérer que la démarche devait aller jusqu’à la constitution d’un parti séparé porteur légitime de la démarche collective, MLF marque déposée, mais c’est un autre sujet.

    Soyons clairs, le travail n’est pas terminé, ni au niveau idéologique, ni au niveau matériel (et moi-même ne suis certainement pas un exemple, ne serait-ce que dans le partage des tâches domestiques, pour ne pas parler du reste). Mais des tabous ont été levés. Sans les groupes femmes, il n’y aurait probablement pas eu le MLAC, et donc la loi Veil. Et les garçons ne sauraient toujours pas que les filles ont un clitoris. Et...

    Mais pour le racisme structurel, on vit encore le syndrome Schoelcher. Dans le camp "progressiste", on est souvent encore dans l’esprit de la Société des Amis des Noirs. Pour le "vivre ensemble" dans l’égalité, mais dans la négociation non violente. Schoelcher, pas Toussaint Louverture. (Toussaint n’en était pas un, saint, mais c’est un autre sujet). Donc on négocie avec les esclavagistes leur indemnisation, et on fait payer pendant plus d’un siècle à Haïti son impertinence.
    Alors l’autonomie des racisés, l’autonomie des quartiers populaires, danger. Ca va énerver les Blanquer et ça va être contre productif.

    Merci à Sud-educ d’avoir mis les pieds dans le plat.

    http://www.ujfp.org/spip.php?article6005

  • Pour Alain Finkielkraut, #balancetonporc n’est qu’une excuse pour “noyer le poisson de l’islam”

    Et explique que “Mediapart n’est pas un site d’information, c’est une secte fanatique”…

    Alain Finkielkraut a donné lundi 21 novembre un entretien au FigaroVox, et en bon philosophe, il a délivré quelques leçons de vivre-ensemble, d’empathie et de pondération. Il est ainsi revenu sur le hashtag #balancetonporc et sur la libération de la parole des victimes d’agression sexuelle après l’affaire Weinstein. Il explique ainsi aux personnes agressées qu’elles ne devraient pas parler, ou en tout cas pas comme ça :

    “J’ai eu un haut-le-cœur. On nous tympanise jour et nuit avec les valeurs, or le mot de ‘balance’ et la pratique qu’il induit sont contraires à toutes les valeurs de la civilisation. La fin ne justifie pas les moyens, l’émancipation ne saurait en passer par la délation.”
    Mais pour lui, ce hashtag, et les différentes affaires de harcèlement sexuel qui ont impliqué un ancien président du MJS, des députés, le directeur de la rédaction de LCI, Tariq Ramadan, et plusieurs acteurs et réalisateurs comme Kevin Spacey, Ed Westwick, Louis C.K., ne sont pas arrivés par hasard. Même si le mot de complot n’est pas prononcé, on comprend à la lecture de l’entretien d’Alain Finkielkraut qu’il y avait un but caché derrière tous ces récits :

    “L’un des objectifs de la campagne #balancetonporc était de noyer le poisson de l’islam : oubliée Cologne, oubliée la Chapelle Pajol… et puis patatras, les noyeurs de poisson attrapent, bien malgré eux, un très gros poisson islamiste : #Tariqramadan”

    Il décide aussi de rendre hommage au site d’Edwy Plenel :

    “Mediapart n’est pas un site d’information, c’est une secte fanatique et d’autant plus méchante que rien jamais n’entame la bonne conscience antiraciste de ses membres.”

    Alain Finkielkraut n’oublie pas non plus les féministes, et explique qu’actuellement avec la PMA “la disparition de l’homme devient un droit de la femme” et se demande, au premier degré, “est-il encore sérieux de parler d’ordre patriarcal” ?

    Evidemment, sur les réseaux sociaux, les propos du philosophe ont été tournés en dérision. Sûrement parce qu’il est impossible de prendre ça au sérieux.

    http://www.lesinrocks.com/2017/11/20/actualite/que-va-devenir-force-republicaine-le-micro-parti-de-francois-fillon-111011336/

  • Qui sont les islamo-gauchistes ?

    Cette complaisance intellectualisée pour l’islam ou même l’islamisme, qu’il s’agisse de l’islamisme passif ou même actif, on la rencontre très explicitement dans un tout petit noyau.

    Il y a d’un côté les islamistes plus ou moins déclarés,
    - les Tariq Ramadan,
    - les Houria Boutelja et consorts
    - des Indigènes de la République,
    - des imams officiels ou autoproclamés, etc.
    qui ont compris que des gauchistes pouvaient leur être tactiquement utiles.

    De l’autre côté, on trouve tous ces gauchistes qui les entourent et leur servent la soupe. Je pense entre autres à
    - Pierre Tevanian (+Sylvie Tissot),
    - Alain Gresh,
    - Christine Delphy, etc.,
    qui veulent voir plus ou moins confusément dans l’islam et l’islamisme un support à la critique de l’Occident.

    C’est donc, je l’ai dit, un tout petit noyau qui devrait être une curiosité ethnologique, mais il concentre et explicite une posture, un prêt-à-penser, qu’on rencontre ailleurs sous forme de cercles concentriques. Ce discours-là est donc présent de manière diffuse dans des milieux tout de même plus respectables comme
    - Le Monde Diplomatique,
    - l’émission de radio « Là-bas si j’y suis »,
    - médiapart etc.

    C’est bien sûr dans certains cercles « pro-palestiniens » qu’on retrouve le mieux ce salmigondis d’anti-impérialisme et d’éloge (des islamistes) du Hamas, voire du Hezbollah, mais on croise ces réflexes un peu partout : par exemple dans notre brochure, nous ferraillons contre un gauchiste qui reprend ces thèses en vrac, sans en être convaincu lui-même, mais qui ne semble pas pouvoir les réfuter tout seul. Cette posture « à gauche », plus importante qu’on ne le pense, n’est pas un hasard puisque ce discours islamo-gauchiste joue justement sur les catégories historiques de la « pensée » de « Gauche », comme on va le voir. Il est donc assez facile à repérer dès qu’on en a la clef.

    Et puis, il y a tous ceux, très nombreux, pour qui tout cela semble apparaître comme un point aveugle, qui passent la chose sous un silence plus ou moins complice ou procèdent par omissions spécifiques, sous-entendus ou ironie. Ils ne cessent d’excuser, de dédouaner, de minimiser l’extrême droite musulmane, quand ils en reconnaissent l’existence, alors même qu’ils sont extrêmement sourcilleux concernant l’extrême droite française ou tout simplement la droite [2].

    - Les principales victimes, si j’ose dire, ce sont les milieux dits « antifascistes » qui sont absolument aveugles à cette extrême droite musulmane et totalement muets à son endroit, du moins de ce que j’en sais.

    J’en ai vu dernièrement, par exemple, défiler dans ma ville de banlieue populaire en criant « Pas de fachos dans nos quartiers ! », etc. Évidemment, les fachos ne sont pas dans ces quartiers-là, et sûrement pas dans le mien, et à peine dans ses urnes. Par contre des barbus et autres porteurs de qamis il y en a, en tenue de djihadistes, et à tire-larigot. Là, la contradiction est criante, quand même, mais il est impossible de le leur faire comprendre, la question ne sera pas posée, même lorsque des femmes en burqa passent en riant devant la banderole... Ces militants, qui se proclament pour l’égalité des sexes, pour la liberté des homosexuels, contre les discriminations et le capitalisme, etc., mettent l’islamisme de quartier hors de cause, même lorsqu’il fait des morts. Tout cela interroge fortement, et notamment nos copains tunisiens qui ne comprennent pas pourquoi une telle complaisance, qui serait facilement explicable en terre musulmane, parce que ce phénomène d’islamo-gauchisme est très répandu chez eux comme le montre l’interview d’eux dans notre brochure 19, mais qui leur paraît incroyable en France, terre de combats antireligieux.

    Alors avant d’aborder le pourquoi, de proposer une explication, je vais me demander comment ils procèdent, quels sont les arguments utilisés.

    Il y a ainsi un certain nombre de lieux communs que je vais passer en revue. « Lieux Communs », c’est aussi le nom de notre collectif, et c’est lié au fait que nous pensons qu’il y a une quantité hallucinante de lieux communs qu’il y aurait à pulvériser, et parallèlement qu’il y a aussi beaucoup de lieux communs que nous voudrions instaurer, ou du moins des banalités de base sans lesquelles on ne peut pas penser le monde actuel — l’exposé qui m’a précédé en relève, ça a été dit. Je vais donc parler des lieux communs que nous voudrions pulvériser, les absurdités qui surgissent immanquablement dès qu’il est question d’islamisme, pour le diminuer, le justifier, l’excuser, ou le dénier tout simplement.

  • Pourquoi les « anti-racialisateurs » (et aussi celleux qui les soutiennent) font partie du problème... et non de la solution

    Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.

    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.

    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».

    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.
    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.

    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.

    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.
    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.

    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.
    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.
    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.

    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise fois, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.

    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.

    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.
    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.

    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.

    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.
    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.
    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.

    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.

    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.

    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    On ne vous laissera pas nous renvoyer dans le placard ou parmi les oublié-es de la révolution !

    une personne blanche – novembre 2016

    ps : Je ne me suis pas attardé dans ce texte sur les faits qui se sont déroulés dans la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords. Le communiqué concernant l’action menée contre la discussion prévue ce soir-là décrit déjà assez bien ce qu’il s’y est passé, contrairement aux autres textes remplis de victimisme, de mensonges et de mauvaise fois.

    Modération

    Publié : le vendredi 25 novembre 2016 à 22:50 par modo

    Article validé et commentaires cachés à priori pour éviter le trollage. Des commentaires (et donc leurs réponses) ont été cachés également pour le motif suivant :

    Les articles qui accusent de « racialistes » les personnes qui s’organisent en non-mixité/construisent collectivement des luttes autour de l’analyse de la société hiérarchisée en terme de race n’ont rien à faire sur indymedia nantes. Le site permet la publication d’articles venant de personnes et de groupes qui choisissent la non-mixité comme moyen d’auto-organisation, et c’est certainement pas aux personnes non concernées de venir publier des articles pour dire a quel point c’est contre-révolutionnaire. Une identité de lutte n’a rien a voir avec un mouvement identitaire.

    Pour rappel le racialisme c’est un mouvement scientifique du 19ème et qui a créé des catégories sociales, raciales, de genre... et qui justifiait les systèmes d’oppression, la colonisation, l’exploitation de races, de classes, des femmes,... On notera aussi que ces racialistes – en plus de n’’être que des blancs –, disposaient de canaux de communications larges et de positions de pouvoir comme par exemple être au gouvernement, dans les médias et facs réputées etc.

    Peut être aussi faudrait se calmer sur le PIR et Bouteldja et arrêter de tout ramener a elleux. Tou-te-s les militant-e-s antiracistes ne sont pas forcément affilié-e-s au PIR.
    Enfin bref, vu le contexte raciste actuel, c’est pas très étonnant que ce genre de position ressortent, sauf qu’indymedia ne sera pas utilisé pour être le relais de ce type de discours.

    https://nantes.indymedia.org/articles/36245#comment-279278

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