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La guerre contre le Venezuela est construite sur le mensonge
posté le 25/02/19 Mots-clés  antifa 

Si le larbin de la CIA Guaido et ses suprémacistes blancs s’emparent du pouvoir, ce sera le 68e renversement d’un gouvernement souverain par les États-Unis, pour la plupart des démocraties.

En voyageant avec Hugo Chavez, j’ai vite compris la menace du Venezuela. Dans une coopérative agricole de l’état de Lara, les gens attendaient patiemment et avec bonne humeur dans la chaleur. Des cruches d’eau et de jus de melon étaient distribuées. On jouait de la guitare ; une femme, Katarina, se tenait debout et chantait avec une voix de contralto.

« Qu’est-ce qu’elle dit ? » ai-je demandé.
« Que nous sommes fiers », m’a-t-on répondu.

Les applaudissements qui lui étaient adressés se sont fusionnés avec l’arrivée de Chavez. Sous un bras, il portait une sacoche remplie de livres. Il portait sa grande chemise rouge et saluait les gens par leur nom, s’arrêtant pour écouter. Ce qui m’a frappé, c’est sa capacité d’écoute.

Mais maintenant, il lisait. Pendant près de deux heures, il a lu au microphone des extraits de la pile de livres à côté de lui : Orwell, Dickens, Tolstoï, Zola, Hemingway, Chomsky, Neruda : une page par ci, une ligne ou deux par là. Les gens applaudissaient et sifflaient lorsqu’il passait d’un auteur à l’autre.

Puis les paysans ont pris le micro et lui ont dit ce qu’ils savaient et ce dont ils avaient besoin ; un visage d’ancien, comme taillé dans le bois d’un banyan voisin, a fait un long discours critique au sujet de l’irrigation ; Chavez a pris des notes.

C’est ici que l’on cultive le vin, un cépage de type Syrah foncé. « John, John, viens là, » dit El Presidente, après m’avoir vu m’endormir dans la chaleur et les profondeurs d’Oliver Twist.

« Il aime le vin rouge », a dit Chavez au public qui sifflait et applaudissait, et il m’a offert une bouteille de ’vino de la gente’ [vin du peuple - NdT]. Mes quelques mots en mauvais espagnol ont provoqué des rires et des sifflements.

En observant Chavez avec la gente, on comprenait la nature de cet homme qui avait promis, à son arrivée au pouvoir, que chacun de ses mouvements serait soumis à la volonté du peuple. En huit ans, Chavez a remporté huit élections et référendums : un record mondial. Il était électoralement le chef d’État le plus populaire du continent, probablement au monde.

Toutes les grandes réformes des Chavistas ont été votées, notamment une nouvelle constitution dont 71 % du peuple a approuvé chacun des 396 articles qui accordent des libertés inouïes, comme l’article 123, qui reconnaît pour la première fois les droits fondamentaux des métis et des Noirs, dont Chavez faisait partie.

Lors d’un de ses tutoriels sur les routes, il a cité un écrivain féministe : ’L’amour et la solidarité, c’est la même chose.’ Ses auditeurs l’ont bien compris et s’exprimaient avec dignité, rarement avec déférence. Les gens ordinaires considéraient Chavez et son gouvernement comme leurs champions : comme les leurs.

C’était particulièrement vrai pour les indigènes, métis et afro-vénézuéliens, qui avaient été méprisés historiquement par les prédécesseurs immédiats de Chavez et par ceux qui vivent aujourd’hui loin des barrios, dans les demeures et penthouses de Caracas Est, qui se rendent à Miami où se trouvent leurs banques et qui se considèrent comme ’blancs’. Ils sont le noyau dur de ce que les médias appellent ’l’opposition’.

Quand j’ai rencontré cette classe, dans les banlieues appelées Country Club, dans des maisons dotées de lustres accrochés au plafond et de mauvais portraits accrochés aux murs, je les ai reconnus. Il auraient pu être des Sud-Africains blancs, de la petite bourgeoisie de Constantia et de Sandton, piliers des cruautés de l’apartheid.

Les caricaturistes de la presse vénézuélienne, dont la plupart appartiennent à une oligarchie et s’opposent au gouvernement, présentaient Chavez comme un singe. Un animateur de radio l’a qualifié de ’singe’. Dans les universités privées, la monnaie d’échange verbale des enfants des riches est souvent l’insulte raciste envers ceux dont les cabanes sont à peine visibles à travers la pollution.

Bien que la politique identitaire fasse fureur dans les journaux libéraux occidentaux, « Race » et « Classe » sont deux mots presque jamais prononcés dans leur ’couverture’ mensongère de cette dernière tentative ouverte de Washington de s’emparer de la plus grande source de pétrole du monde et de récupérer son ’arrière-cour’.

Malgré tous les défauts des Chavistas - comme le fait d’avoir laissé l’économie vénézuélienne devenir l’otage des fortunes pétrolières et de n’avoir jamais sérieusement contesté le grand capital et la corruption - ils ont apporté la justice sociale et la fierté à des millions de personnes et ils l’ont fait avec une démocratie sans précédent.

’Des 92 élections que nous avons surveillées’, a déclaré l’ancien président Jimmy Carter, dont le Carter Centre est un observateur respecté des élections dans le monde, ’je dirais que le processus électoral au Venezuela est le meilleur au monde’. En revanche, le système électoral américain, qui met l’accent sur l’argent de la campagne électorale, ’est l’un des pires’, a déclaré M. Carter.

En étendant le droit de vote à un État populaire parallèle d’autorité communale, basé dans les barrios les plus pauvres, Chavez a décrit la démocratie vénézuélienne comme ’notre version de l’idée de Rousseau de la souveraineté populaire’.

Au Barrio La Linea, dans sa petite cuisine, Béatrice Balazo m’a dit que ses enfants étaient la première génération de pauvres à fréquenter l’école toute la journée et à recevoir un repas chaud et à apprendre la musique, l’art et la danse. « J’ai vu leur confiance s’épanouir comme des fleurs, » dit-elle.

Dans le Barrio La Vega, j’ai écouté une infirmière, Mariella Machado, une femme noire de 45 ans avec un rire impressionnant, s’adresser à un conseil foncier urbain sur des sujets allant des sans-abri à la guerre illégale. Ce jour-là, ils lançaient Mision Madres de Barrio, un programme visant à lutter contre la pauvreté chez les mères célibataires. En vertu de la Constitution, les femmes ont le droit d’être rémunérées en tant que soignantes et peuvent emprunter auprès d’une banque spéciale pour les femmes. Aujourd’hui, les femmes au foyer les plus pauvres reçoivent l’équivalent de 200 $ par mois.

Dans une pièce éclairée par un seul tube fluorescent, j’ai rencontré Ana Lucia Ferandez, 86 ans, et Mavis Mendez, 95 ans. Sonia Alvarez, 33 ans à peine, était venue avec ses deux enfants. Autrefois, aucune d’entre elles ne savait lire et écrire ; aujourd’hui elles étudiaient les mathématiques. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela compte près de 100 % d’alphabétisés.

C’est le résultat de Mision Robinson, un plan conçu pour les adultes et les adolescents auparavant privés d’éducation à cause de la pauvreté. Mision Ribas offre à tous la possibilité de suivre un enseignement secondaire, appelé bachillerato (les noms de Robinson et Ribas font référence aux dirigeants indépendantistes vénézuéliens du XIXe siècle).

En 95 ans, Mavis Mendez en a vu défiler des gouvernements, pour la plupart des vassaux de Washington, présider au vol de milliards de dollars de butin de pétrole, dont une grande partie a été envoyée à Miami. ’Nous n’avions pas d’importance sur le plan humain’, m’a-t-elle dit. ’Nous vivions et mourions sans véritable éducation, sans eau courante et sans nourriture que nous ne pouvions acheter. Quand nous tombions malades, les plus faibles mourraient. Maintenant, je peux lire et écrire mon nom et bien plus encore ; et quoi que disent les riches et les médias, nous avons semé les graines d’une véritable démocratie et j’ai la joie de la voir se réaliser.’

En 2002, lors d’un coup d’État soutenu par Washington, les fils et filles, petits-enfants et arrière-petits-enfants de Mavis se sont joints à des centaines de milliers d’autres qui sont descendus des barrios sur les collines et ont exigé que l’armée reste loyale envers Chavez.

’Le peuple m’a sauvé’, m’a dit Chavez. ’Ils l’ont fait avec les médias contre moi, des médias qui refusaient d’informer même sur les faits les plus élémentaires de ce qui était en train de se passer. Pour trouver une démocratie populaire, en action héroïque, il est inutile de chercher ailleurs.’

Depuis la mort de Chavez en 2013, son successeur Nicolas Maduro, alors ministre des Affaires étrangères et vice-président, a cédé son étiquette dérisoire d’’ancien conducteur de bus’ pour devenir dans la presse occidentale la réincarnation de Saddam Hussein. Il n’est certainement pas Chavez ; la chute du prix du pétrole dans une société qui importe presque toute sa nourriture a souvent été confrontée à une incompétence officielle qui a allongé les files d’attente dans les supermarchés et provoqué l’agacement chez trop de Chavistas.

Néanmoins, Maduro a remporté la présidence en 2018 lors d’une élection que les principaux membres de l’opposition avaient exigée, puis boycottée, une tactique qu’ils avaient déjà tentée contre Chavez.

Le boycott a échoué : 9 389 056 personnes ont voté ; seize partis y ont participé et six candidats se sont présentés à la présidence. Maduro a obtenu 6 248 864 voix, soit 67,84 %.

Le jour du scrutin, j’ai parlé à l’un des 150 observateurs électoraux étrangers. ’C’était tout à fait régulier’, a-t-il dit. ’Il n’y a pas eu de fraude, aucune des terribles affirmations des médias ne tient la route. Zéro. Incroyable, vraiment.’

Comme tirée de la scène d’un thé chez les fous dans Alice au Pays des Merveilles, l’administration Trump a présenté Juan Guaido, une création en carton pâte du National Endowment for Democracy de la CIA, comme le "Président légitime du Venezuela". Selon El Nacional, 81 pour cent du peuple vénézuélien n’avait jamais entendu parler de Guaido, qui n’a été élu par personne.

Maduro est "illégitime", dit Trump (qui a gagné la présidence US avec trois millions de voix de moins que son adversaire), un "dictateur", dit Mike Pence, vice-président dont on peut démontrer qu’il n’a pas de scrupules, et John Bolton, conseiller à la "sécurité nationale" (qui m’a demandé lors d’une interview en 2003 : "Dites, vous êtes communiste, peut-être même travailliste ?").

En tant qu’’envoyé spécial au Venezuela" (en clair, préposé aux coups d’état), Trump a nommé un criminel condamné, Elliot Abrams, dont les intrigues au service des présidents Reagan et George W. Bush ont produit le scandale Iran-Contra dans les années 1980 et plongé l’Amérique centrale dans des années de misère meurtrière. Si l’on met Lewis Carroll de côté, on peut dire que ces trois chapeliers fous menaient la parade dans les années 80. Le contexte historique de Trump n’est pas connu.

Pourtant, leurs mensonges sur le Venezuela ont été repris par ceux qui les ont payés pour garder les pendules à l’heure, notamment ceux de réputation libérale.

Sur Channel 4 News, Jon Snow a beuglé devant le député travailliste Chris Williamson, ’Ecoutez, vous et M. Corbyn êtes dans un sale pétrin [au Venezuela]’ ! Quand Williamson a essayé d’expliquer pourquoi menacer un pays souverain était une erreur, Snow l’a interrompu. ’Vous avez eu votre chance !’

En 2006, Channel 4 News a effectivement accusé Chavez de comploter pour fabriquer des armes nucléaires avec l’Iran : un fantasme. Le correspondant de Washington de l’époque, Jonathan Rugman, a permis à un criminel de guerre, Donald Rumsfeld, de comparer Chavez à Hitler, sans être contesté.

Des chercheurs de University of the West of England ont étudié les reportages de la BBC sur le Venezuela sur une période de dix ans. Ils ont examiné 304 articles et ont constaté que seulement trois d’entre eux faisaient référence à l’une ou l’autre des politiques positives du gouvernement. Pour la BBC, le bilan démocratique du Venezuela, la législation sur les droits de l’homme, les programmes alimentaires, les initiatives en matière de santé et la réduction de la pauvreté n’ont pas eu lieu. Le plus grand programme d’alphabétisation de l’histoire de l’humanité n’a pas eu lieu, tout comme les millions de personnes qui défilent en faveur de Maduro et à la mémoire de Chavez n’existent pas.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle n’avait filmé qu’une marche de l’opposition, la journaliste de la BBC Orla Guerin a répondu qu’il était ’trop difficile’ de participer à deux marches dans le même journée.

Une guerre a été déclarée au Venezuela, et la vérité est ’trop difficile’ à raconter.

Il est trop difficile de raconter l’effondrement des prix du pétrole depuis 2014 comme étant en grande partie le résultat des machinations criminelles de Wall Street. Il est trop difficile de qualifier de sabotage le blocage de l’accès du Venezuela au système financier international dominé par les États-Unis. Il est trop difficile de qualifier comme illégales les ’sanctions’ de Washington contre le Venezuela, qui ont causé la perte d’au moins 6 milliards de dollars de revenus au Venezuela depuis 2017, dont 2 milliards de dollars de médicaments importés, ou de qualifier comme acte de piratage le refus de la Banque d’Angleterre de rendre les réserves d’or du Venezuela.

L’ancien rapporteur des Nations Unies, Alfred de Zayas, l’a assimilé à un ’siège médiéval’ destiné à ’mettre le pays à genoux’. C’est une agression criminelle, dit-il. Elle est semblable à celle à laquelle Salvador Allende fut confronté en 1970 lorsque le président Richard Nixon et son équivalent de John Bolton, Henry Kissinger, entreprirent de ’faire hurler l’économie [du Chili]’. La longue nuit noire de Pinochet allait suivre.

Le correspondant du Guardian, Tom Phillips, a tweeté une photo de lui avec une casquette sur laquelle figuraient des mots en espagnol qui signifiaient en argot local : ’Rendez le putain de Venezuela cool à nouveau.’ Un journaliste habillé en clown est peut-être l’étape finale de la dégénérescence du journalisme.

Si le larbin de la CIA, Guaido et ses suprémacistes blancs s’emparent du pouvoir, ce sera le 68e renversement d’un gouvernement souverain par les États-Unis, dont la plupart des démocraties. Une vente au rabais des services publics et des richesses minières du Venezuela suivra certainement, de même que le vol du pétrole du pays, comme l’a souligné John Bolton.

Sous le dernier gouvernement contrôlé par Washington à Caracas, la pauvreté avait atteint des proportions historiques. Il n’y avait pas de soins de santé pour ceux qui ne pouvaient pas payer. Il n’y avait pas d’éducation universelle ; Mavis Mendez, et des millions d’autres comme elle, ne savaient ni lire ni écrire. C’est pas cool, ça, Tom ?

John Pilger


posté le 25 février 2019 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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