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Le Venezuela dans le viseur de l’impérialisme
posté le 26/02/19 Mots-clés  antifa 

Donald Trump, soutenu par l’administration américaine, est peu à peu en train de révéler aux yeux de tous que son « America First » (« L’Amérique avant tout ») n’est en réalité rien de plus que le slogan d’un impérialisme renouvelé.

Embourbé dans une crise politique et économique qui ne va qu’en s’aggravant, le Vénézuela souffre aujourd’hui d’une série de problèmes majeurs. Aucun d’entre eux, cependant, n’est aussi catastrophique pour les classes populaires Vénézuéliennes que le lent coup d’état orchestré par le gouvernement Trump contre Nicolas Maduro. Coup d’état ayant pour but, au moins en partie, de faciliter l’accès des entreprises américaines aux nombreux puits de pétrole Vénézuéliens.

Sans surprise, l’initiative est unanimement soutenue par les gouvernements de droite de l’Amérique Latine tout entière, qu’il s’agisse de Macri en Argentine, de Bolsonaro au Brésil, de Piñera au Chilli ou de la majorité du « Groupe de Lima » au Vénézuela.
Alors que les États-Unis font tout leur possible pour isoler le gouvernement Vénézuelien, entraînant des conséquences dramatiques pour les classes populaires, la Russie et la Chine ont, elles, déclaré leur soutien à Maduro, se servant du Vénézuela comme d’un tremplin pour mettre à mal l’hégémonie des États-Unis dans la région. Comme ce fut le cas de la Syrie, le Vénézuela est en train de devenir le théâtre d’un nouvel affrontement géopolitique entre puissances internationales.

Après deux décennies de guerre au Moyen-Orient, l’impérialisme américain s’en retourne dans son arrière-cour avec un renouveau d’entrain pour un interventionnisme agressif tel qu’on ne l’avait pas vu depuis les années 80. Cette attaque envers les peuples d’Amérique latine exige de notre part une opposition anti-impérialiste renouvelée et renforcée.

Les « faucons » sont de retour

Il est malheureux, mais peu surprenant, d’observer que les soutiens les plus enthousiastes pour un coup d’état au Venezuela sont certains des va-t’en-guerre les plus reconnus de l’administration américaine : ceux qui, avec le soutien des médias libéraux et de la majorité de l’administration du parti Démocrate, menacent plus ou moins ouvertement le gouvernement Maduro depuis les débuts de la crise vénézuélienne. En effet, l’origine véritable du soutien américain au coup d’état Vénézuelien se résume à trois individus : John Bolton, Elliot Abrams, et Marco Rubio.

John Bolton, l’actuel conseiller à la sécurité nationale et ancien ambassadeur aux Nations Unies sous George W. Bush, est connu pour être l’un des plus fidèles laquais de la bourgeoisie. Ancien chercheur résident à l’American Enterprise Institute, entre autres, Boston est friand des lobbies et autres think-tanks conservateurs. Il est également un fauteur de guerre reconnu, ayant entre autre soutenu les interventions militaires en Irak ou en Libye, et se trouve aujourd’hui en faveur de bombardements américains contre l’Iran et la Corée du Nord.

Bolton, quant-à-lui, n’a jamais laissé de doute quant à ses opinions sur le Venezuela : interrogé en Janvier par Fox Business, il déclarait : « Cela ferait une grande différence pour les États-Unis, économiquement parlant, si des entreprises américaines pouvaient investir et produire sur les capacités pétrolières du Venezuela ».

Elliott Abrams, représentant spécial des États-Unis au Venezuela, est lui un criminel de guerre néoconservateur qui, tel le spectre des administrations américaines passées, s’en retourne à l’ingérence dans la politique latino-américaine.
Il est notamment connu pour avoir tenté de camoufler le massacre d’un millier d’hommes, de femmes et d’enfants par des escadrons de la mort financés par le gouvernement des États-Unis au Salvador, lorsqu’il était secrétaire d’état assistant aux droits de l’Homme et aux affaires humanitaires sous Reagan, et pour avoir aidé à l’organisation et au financement caché des Contras, des groupes paramilitaires au Nicaragua chargés de noyer dans le sang la révolution sandiniste.

Marco Rubio sénateur de l’aile droite du parti républicain, dit représenter les intérêts des cubano-américains conservateurs qui « haïssent l’alliance Caracas-Havana », et voit en la chute possible de Maduro un moyen d’affaiblir le gouvernement cubain.
Par-dessus tout, l’offensive de Trump contre le Vénézuela génère une nouvelle vague d’énergie au sein du parti républicain et au sein de la communauté latino-américaine de droite en Floride. Mike Pence, le vice-président, ainsi que les plus influents républicains de Floride ont pour projet de manifester à Miami ce samedi afin d’afficher leur soutien à Guaidó, pensant assurer ainsi le soutien de l’électorat local à Trump lors de la prochaine campagne présidentielle.

Les mensonges de Donald Trump se font de plus en plus apparents : il avait en effet assuré lors de sa campagne présidentielle que, s’il gagnait, les États-Unis cesseraient leurs interventions internationales. Si l’annonce du retrait des troupes de Syrie et du Yémen s’accordait avec la rhétorique non-interventionniste qu’il avait affiché avant d’être élu, Trump se trouve aujourd’hui à recycler les manœuvres politiques des faucons va-t’en-guerre qui ont à plusieurs reprises financé des coups d’état à travers le monde. Là se trouve le véritable sens du slogan : « America First » (« L’Amérique avant tout »)

L’arrière-cour de l’impérialisme bipartisan

Cependant, cet enthousiasme pour la guerre ne s’entend pas que dans les bureaux du parti républicain : le même parti démocrate et la même presse libérale qui s’accordaient hier à dire que Trump devait être destitué applaudissent aujourd’hui son offensive contre le Venezuela. Comme indiqué par Jeremy Scahill dans l’Intercept, au sein du parti démocrate et des médias libéraux qui lui sont fidèles, la ligne politique dominante est celle selon laquelle « Maduro est un dictateur communiste corrompu. Il doit être renversé pour que le Venezuela redevienne un pays libre. Le rôle central qu’ont joué les États-Unis dans la déstabilisation du Venezuela, que ce soit sous Bush ou Obama, et maintenant sous Trump, n’est qu’une arrière-pensée, ou n’est pas évoqué du tout ».

Hugh Hewitt, l’un des commentateurs préférés de la chaine MSNBC, a déclaré à Meet the Press : « Il est beaucoup plus important d’arrêter le gouvernement Maduro que le nôtre. Je pense que Donald Trump est sur ce point un leader, et qu’il y arrive parce que Boltron et Pompeo sont allés voir Bolsonaro et Duque. C’est cela qui va nous rapprocher. »

Le sénateur démocrate Whip Dick Durbin semblait parler au nom de l’establishement bipartisan lorsqu’il a soutenu la décision de Trump de reconnaître Guaidó, déclarant lui aussi son soutien au président autoproclamé.

Au moins deux des potentiels futur candidats démocrates aux élections présidentielles, la sénatrice Kirsten Gillibrand et le parlementaire John Delaney, soutiennent également Guaidó. Même si ils restent opposés à une intervention militaire, ils s’accordent à dire que les actions du gouvernement Trump vont dans le bon sens. Adam Schiff, membre du Conseil de Renseignements, a récemment déclaré que Trump avait raison de reconnaître Guaidó comme président légitime, et de nombreuses figures du parti démocrate, telles que Debbie Wasserman-Schultz, Elliot Engel ainsi que l’ancienne membre du secrétariat à la santé et aux services à la personne, Donna Shalala, sont eux lancés dans une campagne contre Maduro.

Le commentateur libéral Bill Maher, ancien soutien de Bernie Sanders en 2016, puis d’Hillary Clinton, a mis des mots sur le ressenti de la plupart des politiciens du parti démocrate : « Aujourd’hui le Venezuela a quelqu’un, un leader de l’opposition qui s’est enfin révélé, et nous le soutenons. La Russie nous a menacés, car eux soutiennent le dictateur. C’est la doctrine Monroe ! C’est notre arrière-cour ! Et maintenant, la Russie nous dit de quitter le Venezuela, car ils sentent qu’ils le peuvent, car ils se sentent enhardis ? Et ça ne vous dérange pas ? »

Sanders, de son coté, a écrit trois tweets au sujet de la tentative de coup d’état au Venezuela , liant la situation actuelle du Venezuela à l’interventionnisme passé des États-Unis au Chilli, au Guatemala, au Brésil et en République Dominicaine, s’attirant les foudres des médias. Cependant, il concentre la majeure partie de sa critique contre Maduro, et non contre la politique historique d’impérialisme des États-Unis. De manière plus importante encore, la réelle contradiction se trouve être qu’il est fort possible que Bernie Sanders fasse sa prochaine campagne présidentielle au sein-même du parti qui encense aujourd’hui Guaidó.

Derrière l’offensive de Trump contre le Venezuela se cache les intérêts bipartisans de l’impérialisme américain qui, dans le passé, a financé des coups d’état et des dictateurs en ligue avec les États-Unis afin de s’assurer le droit de profiter des ressources naturelles de l’Amérique Latine.

L’hégémonie américaine dans la région n’est cependant plus ce qu’elle était, et dans son offensive contre le Venezuela, les États-Unis se trouvent une fois de plus opposés à la Russie et à la Chine.

Le Venezuela et la géopolitique

Depuis l’auto proclamation de Juan Guaidó au titre de président ce mercredi 23 janvier, la crise au Venezuela a acquis une dimension internationale. La crise vénézuélienne semble être au cœur des préoccupations du gouvernement Trump et de tout un secteur de l’administration américaine. Les États-Unis, cependant, ne sont pas la seule puissance à intervenir dans la région.

Les liens économiques qui lient le Venezuela à la Russie et à la Chine sont profonds : le Venezuela doit à ces deux pays plus de 120 milliards de dollars. Comme expliqué par un commentateur de Fox News : « Les liens étroits entre la Russie et le Venezuela datent du gouvernement Chavez. Dans les années qui ont suivi, le Venezuela a été l’un des seuls pays à soutenir les interventions russes en Syrie ou en Ukraine. De manière plus importante, l’entreprise pétrolière d’état Russe, Rosneft, porte un intérêt tout particulier au gouvernement Maduro ».

En 2017, Rosneft a fait l’acquisition de près de 50 % des actions de Citgo, une firme pétrolière basée aux États-Unis et appartenant au PDVSA, la compagnie pétrolière d’État du Venezuela. La vente de ces actions est pour le Venezuela un moyen de rembourser ses dettes auprès de la Russie, et donne à cette dernière un grand pouvoir de décision dans l’Amérique Latine.

Pour sa part, la Chine a injecté près de 65 milliards de dollars dans l’économie du Venezuela au cours des dix dernières années, et a non seulement aidé à la constructions d’usines d’automobile, de téléphonie et d’infrastructure, mais a aussi vendu des quantités non-négligeables de matériel militaire au Venezuela, tels que les véhicules utilisés par la garde nationale.

Même si la dimension exacte de ces antagonismes géopolitiques reste pour l’instant floue, il est certain que les conséquences militaires de la crise vénézuélienne risquent d’avoir des conséquences graves sur la scène internationale.

Une base de surveillance de satellites chinoise se trouve dans la base aérienne de Guarico. La Russie, elle, est fortement présente dans les réseaux informatiques de la base Navale de La Orchilla : voilà pourquoi la menace de Trump d’expédier 5.000 soldats en Colombie n’est pas à prendre à la légère. Même si les États-Unis ont pour l’instant exclu la possibilité d’une intervention militaire imminente, Trump a déclaré dimanche dernier au sujet du Venezuela que l’option militaire était toujours une possibilité.

Il est désormais su que les 20 millions de dollars « d’aide humanitaire » au Venezuela ne serviront pas à soulager les souffrances du peuple vénézuélien, mais plutôt à renforcer la tentative de coup d’état menée par Guaidó et l’opposition de droite : rien de bon ne peut surgir de cet affrontement international au Venezuela. Même si Trump est encore aujourd’hui dans la tourmente et doit faire face au shutdown de son gouvernement, il reste largement soutenu au sujet du Venezuela, que ce soit au sein de son propre parti ou même chez la large majorité des démocrates, qui cherchent à élargir l’influence de l’impérialisme en Amérique latine depuis plusieurs décennies.

L’héritage du Chavisme

Le Venezuela traverse une importante crise sociale et économique : la récession dure depuis plus de cinq ans. En 2018, l’inflation était estimée à plus d’un million de pourcents. Les salaires atteignent à peine les six euros de l’heure, et 87 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

La production de pétrole est passée de 3 millions de barils par jour en 2014 a à peine 1,15 millions par jour en fin 2018. Les coupures d’électivité se multiplient, et le nombre de réfugiés vénézuéliens a atteint les 3 millions en 2018. La majorité de la population ne peut manger qu’une fois par jour, et la malnutrition affecte 68 % de la population. Alors que tout cela se passe, les riches vénézuéliens qui ont profité du Chavisme ont gagné plus de 600 milliards de dollars.

Dans un tel contexte, le soutien populaire à Nicolas Maduro a radicalement chuté.
L’impérialisme comme l’opposition de droite tentent alors de tirer avantage du mécontentement populaire, alors que les sanctions américaines contre le Venezuela enfoncent encore un peu plus les classes populaires dans la misère. Les limites de la politique impérialiste et de ses alliés intérieurs sont en trois points : il faut d’abord remarquer que l’insatisfaction massive envers le gouvernement ne s’est pas traduite en soutien populaire à Juan Guaidó. Deuxièmement, l’armée Venezuela reste fidèle, à quelques exceptions près, à Maduro. Troisièmement, comme précisé plus haut, le soutien chinois et russe à Maduro du fait des intérêts des deux nations au Venezuela.
Les médias de droite tentent d’expliquer que la crise du Venezuela est due au caractère socialiste, voire communiste, du gouvernement Maduro. Dans son discours au sujet de l’état de l’Union, Donald Trump a annoncé : « Nous soutenons le peuple Vénézéuelien dans sa noble quête de liberté et nous condamnons la brutalité du régime dont la politique socialiste a plongé cette nation, autrefois la plus riche d’Amérique Latine, dans la pauvreté abjecte et le désespoir ».

Cependant, les problèmes actuels du Venezuela émanent précisément du fait que le Venezuela n’est pas, et n’a jamais été une nation socialiste. Ni Chavez ni Maduro n’ont exproprié la propriété capitaliste entière. Tous deux ont maintenu une économie basée sur la rente d’un produit, le modèle des semi-colonies qui produisent pour les grandes puissances capitalistes. Ni Chavez ni Maduro n’ont placé les industries partiellement expropriées sous le contrôle des travailleurs.

L’économie du Venezuela est basée sur l’exportation de pétrole. Lors des meilleurs années du gouvernement Chavez, entre 2004 et 2013, l’économie s’est fortement développée grâce à la hausse des prix au baril. Depuis 2014, les prix du pétrole ont fortement chuté, emportant avec eux l’économie toute entière du Venezuela. C’est cette crise économique qui a révélé la véritable face du Chavisme.

La fortune accumulée lors de la hausse de prix au baril n’a pas été utilisée pour diversifier l’économie, surtout pas les secteurs très faibles de la production de médicaments et de nourriture. De plus, la bourgeoisie vénézuélienne et les investisseurs étrangers n’ont pas été expropriés : des mots de Maduro lui-même, plus de 3000 compagnies pétrolières sont toujours opérationnelles au Venezuela. Les expropriations réalisées par Chavez ont été accompagnées de réparations très élevées pour les entreprises concernées, et ces secteurs n’ont jamais été mis sous contrôle des travailleurs, mais aux mains d’une bureaucratie chaviste de plus en plus corrompue.

Loin d’amorcer la transition du pays vers le socialisme, la présence et l’influence de capitaux étrangers dans le secteur pétrolier n’a au contraire cessé de croître.
Même si il s’est trouvé antagoniste aux intérêts impérialistes, le Chavisme n’a jamais aboli la propriété privée, qu’il s’agisse de celle de la bourgeoisie locale ou étrangère. Paradoxalement, Chavez utilisa à de nombreuses reprises la rhétorique de la « révolution bolivarienne » et du « socialisme du 21ème siècle » pour s’assurer un soutien populaire. De ce fait, la « révolution bolivarienne » à en réalité été aux antipodes du socialisme et a détournée les masses populaires (qui aujourd’hui souffrent de la répression d’un régime qu’ils avaient eux-mêmes défendus courageusement il y a quelques années seulement) d’une perspective réellement révolutionnaire.

D’une manière moins importante, l’héritage du chavisme joue aujourd’hui le même rôle réactionnaire que le stalinisme après la chute de l’URSS et la restauration capitaliste dans les anciens pays de l’est, accompagnée de l’association systématique de toute tentative socialiste au stalinisme. La droite tente de peindre la crise du Venezuela comme une tragédie socialiste et si la gauche s’associe au projet chaviste, alors elle laissera des gouvernements qui n’ont rien à voir avec le projet socialiste la représenter.

Mener la batailler contre l’intervention impérialiste au Venezuela ne veut pas dire soutenir le bonapartisme agressif de Nicolas Maduro et du régime chaviste. Cependant, la ré-émergence d’un large mouvement anti-impérialiste combatif, tel que cela fut le cas lors des années 60 et 70 à l’occasion de la guerre du Vietnam, est aujourd’hui une nécessité.

Pour nous, communistes, l’anti-impérialisme n’est pas une arrière-pensée, mais l’une des pierres angulaires de notre projet.


posté le 26 février 2019 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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