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« Je ne peux pas intervenir parce que je suis blanc-he »
posté le 21/09/19 par https://cric-grenoble.info/analyses/article/je-ne-peux-pas-intervenir-parce-que-je-suis-blanc-he-1254 Mots-clés  féminisme  genre / sexualité  réflexion / analyse 

Une soirée militante s’est terminée par un open mic ( un « micro libre » pour ceux et celles qui ont envie sur le moment de venir rapper, poser un texte, etc.). Des paroles sexistes ont émané d’un passage de deux rappeurs pendant cet open mic, heurtant plusieurs personnes dont une camarade lassée de l’accumulation de plusieurs expériences similaires. Celle-ci a d’abord tenté de parler aux rappeurs, mais cela s’est fait en vain. Elle a alors voulu quitter la soirée.
Je suis allée voir les personnes derrière le bar qui m’ont indiqué que deux personnes étaient responsables de l’organisation des concerts de cet événement, une que je ne connaissais pas, et une autre que je connaissais. Je suis donc allée voir cette dernière en lui disant quelque chose du genre : « meuf, on m’a dit que c’est toi qui organise la partie concerts/open mic, et il y a une copine qui est en train de quitter la soirée, énervée jusqu’aux larmes, à cause de certaines paroles craignos et du mur auquel elle s’est confrontée en tentant de parler aux gars qui ont tenu ces propos ». La personne m’a alors répondu d’une manière pas du tout surprise et assez détachée quelque chose comme « heu ouais, mais moi tu vois, je me vois pas aller dire à ces personnes racisées ce qu’il faut dire ou pas, en tant que personne blanche ». Elle ne souhaitait donc ne rien dire et laisser l’open mic continuer sans intervenir.
Je n’ai rien répondu, je crois, parce que je ne savais pas quoi répondre, et de toute manière je venais de voir les deux personnes du bar discuter avec les rappeurs pour soulever les problèmes posés par certaines de leurs paroles, je les ai donc rejointes. Mais après réflexion, je veux réagir à cette phrase et je souhaite que cette réponse soit publique et généralisée afin que d’autres personnes qui se retrouvent dans des situations similaires ne soient pas démunies d’éléments de réponse, et afin de faire réfléchir d’autres personnes.

Une personne s’est donc justifiée auprès de moi de sa décision de ne pas réagir et de ne pas intervenir face à des propos sexistes sous prétexte qu’elle était blanche. L’ironie, c’est que j’entends cela alors que je suis une personne racisée. Je crois que c’est cela qui m’a empêchée de répondre tout de suite : de me dire, ha, si je me mets à sa place, peut-être que oui je la comprends. Mais non, définitivement non, je ne comprends pas cette justification, et je la trouve politiquement grave et oppressive.
Je viens voir une personne membre de l’organisation pour soulever le problème de propos sexistes qui ont notamment heurté une amie à moi, et cette personne me répond sa décision de non-intervention en la justifiant par le fait que cela risque d’établir une situation de domination / d’oppression entre elle et les rappeurs. Cette justification me met directement et fatalement sur les épaules le poids de la nécessité d’intervenir parce que, moi, je ne suis pas blanche (et, qui, plus est, une des rares spectatrices à ne pas l’être). Et oui, qu’est-ce que je peux ressentir quand une amie à moi est énervée jusqu’aux larmes à cause de propos sexistes, que l’organisatrice à laquelle j’en parle dit qu’elle ne veut pas intervenir parce qu’elle est blanche, et que moi, je ne suis pas blanche ?
Cette personne ne voulait sans doute pas oppresser des personnes racisées en tant que personne blanche ce soir-là, c’est une bonne démarche, mais je trouve que par ce discours, une oppression se fait. Cette justification et ce positionnement fait porter aux personnes racisées la responsabilité d’intervenir si d’autres personnes racisées font preuve de propos ou de comportements sexistes/transphobes/homophobes. Et, il y a là, un grand problème.

Cela serait aux personnes racisées, seulement, de devoir intervenir, de prendre du temps et de l’énergie, dans ces situations, parce que les personnes qui font de la merde sont aussi racisées ? N’y a-t-il pas un problème là avec l’oppression raciale auquel conduit ce raisonnement ? Nous, personnes racisées, devons intervenir, même si nous n’avons rien organisé, si d’autres personnes racisées ont des propos incorrects, parce que bon, les personnes blanches, elles, ne peuvent pas le faire parce qu’elles ont peur d’être dans une situation d’oppression vis-à-vis des personnes racisées ? Mais c’est justement mettre les personnes racisées, encore une fois, dans une situation d’oppression que d’avoir une telle position affichée.
C’est oppresser les personnes racisées qui sont présentes en mettant sur leurs épaules le poids du devoir d’intervention. C’est se servir d’un privilège, le privilège blanc, pour justifier une non-intervention. C’est encore profiter de son privilège au final, le reproduire.
C’est également, pour moi, aller dans le sens de l’oppression raciale que de penser que les jeunes rappeurs racisés présents à l’open mic ne peuvent pas avoir une discussion sur le sexisme et qu’ils ne peuvent pas comprendre et accepter des limites posées par les organisatrices et organisateurs concernant des propos sexistes dans certains espaces, dont celui-ci, ou au moins entendre ces limites sans penser qu’ils sont victimes de racisme. Mais il s’agit là d’un autre débat qui nécessiterait plus de temps.
Quoi qu’il en soit, je pense qu’on ne peut pas, sans assumer une reproduction de domination, justifier une absence d’intervention face à une situation d’oppression telle que que celle-ci en tant qu’organisateur ou organisatrice (ou face à une agression en tant qu’individu) par le seul motif qu’on est blanc-he et que cela risque de créer une situation d’oppression raciale : cette justification crée justement une oppression raciale. Je pense aussi que si des personnes organisatrices d’événements ne se pensent réellement pas capables de parler d’un problème à des personnes racisées sans être dominantes et/ou si elles ne souhaitent pas poser des limites à l’expression pendant les concerts ou les open mic, notamment en termes de sexisme, elles devraient afficher publiquement ce positionnement, et ce en amont des événements afin que chacune et chacun sache où ielle va (ou ne va pas du coup).

Pour faire comprendre autrement mon raisonnement et ma position, je vais donner un exemple fictif où le contexte est exactement le même que celui de ce texte : j’intervertis seulement les places de l’oppression raciale et de l’oppression sexiste dans la situation.
Toujours en tant que meuf et racisée, je suis dans un concert, où il y a des paroles racistes dites par des meufs. Un ami à moi, cis et racisé, est en larmes. Je vais voir des gens derrière le bar, on me dit que c’est tel mec, appelons-le Rémi, qui organise le concert. Disons que Rémi est, comme mon ami, cis et racisé. Je vais le voir, je lui dis que là les paroles sont racistes et choquantes et que mon ami est en train de quitter la soirée.
Je trouve que ce mec aurait une réaction similaire à celle à laquelle j’ai fait face, qui poserait aussi un contexte oppressif en faisant porter le poids de la responsabilité d’intervention sur les meufs, et particulièrement dans ce contexte sur moi, précisément parce que je suis une meuf, s’il me répondait sur un ton nonchalant : « ha ouais mais tu vois, c’est des meufs là, et en tant que mecs cis, je me vois pas trop d’aller leur dire quoi que ce soit, ça risque de créer une situation de domination ».
Vraiment, est-ce ok comme comportement et comme justification ? Surtout de la part d’une personne organisatrice ? Je crois que non, et j’espère que l’oppression qui découle de tels discours est claire, ainsi que l’utilisation d’un privilège et d’une position de pseudo allié-e pour se dédouaner d’un travail énergivore que l’on reporte, de fait avec une telle justification, sur les épaules des personnes vis-à-vis desquelles on a un privilège.

https://cric-grenoble.info/analyses/article/je-ne-peux-pas-intervenir-parce-que-je-suis-blanc-he-1254


posté le 21 septembre 2019  par https://cric-grenoble.info/analyses/article/je-ne-peux-pas-intervenir-parce-que-je-suis-blanc-he-1254  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • 21 septembre 12:17, par https://nantes.indymedia.org/articles/46608

    Pour en finir avec le déni au prétexte d’antiracisme

    Ballast, Le Comptoir, Limite : Le Comptoir, principal héritier de la revue réac de gauche Ragemag, les relie tous (voir échanges de liens entre leurs sites). Pendant que Limite et Ballast font semblant de n’avoir plus rien avoir à faire ensemble, Galaad Wilgos, animateur de Ballast, collabore au Comptoir et à Limite (il a écrit un article contre « l’immigrationnisme » dans le dernier numéro), tandis que Kevin « L’Impertinent » Victoire, animateur du Comptoir, collabore à Ballast et Limite. Du coup, ils réussissent le tour de force, par ce jeu de participations croisées, de s’adresser à « tous les camps » sans que personne n’y trouve rien à redire.

    http://confusionnisme.info/wp-content/uploads/2016/04/wilgosseclateenboite.jpg

    Galaad Wilgos avec ses amis branchouilles de l’Université libre de Bruxelles (ULB) au Bodega, où une soirée privée coûte 1200 euros à organiser. Wilgos porte des insignes corporatistes, signe d’un grand progressisme. Il est également le vice-président et rédacteur en chef du Cercle du Libre Examen (Librex) de l’université, dont Jean Bricmont et Michel Collon sont des invités réguliers. Enfin, c’est aussi un (ex ?) militant du Parti de Gauche. Contre "l’anti-France", Wilgos cite Michelet et prône un "patriotisme révolutionnaire", terme qui n’est pas sans rappeler une certaine "Révolution nationale" de triste mémoire...
    Galaad Wilgos avec ses amis branchouilles de l’Université libre de Bruxelles (ULB) au Bodega, où une soirée privée coûte 1200 euros à organiser. Wilgos porte des insignes corporatistes, signe d’un grand progressisme. Il est également le vice-président et rédacteur en chef du Cercle du Libre Examen (Librex) de l’université, dont Jean Bricmont et Michel Collon sont des invités réguliers. Enfin, c’est aussi un (ex ?) militant du Parti de Gauche. Contre « l’anti-France », Wilgos cite Michelet, principal initiateur au 19e siècle du roman national français, et prône un « patriotisme républicain » mais aussi un « patriotisme révolutionnaire », terme qui n’est pas sans rappeler une certaine « Révolution nationale » de triste mémoire...

    Ballast
    Ballast, qui édite une édition spéciale Ballast Debout, est une revue éditée par les éditions Aden, soutenues pour le premier numéro par les Ateliers de Création libertaires. Aden est une maison qui édite à la fois des auteurs libertaires et des staliniens. A son catalogue on compte par exemple l’hagiographe de Staline Domenico Losurdo et l’administrateur du Grand Soir Maxime Vivas. L’éditeur assume ce mélange des genres : « Ce qui me plaît, c’est d’avoir un catalogue essentiellement axé sur la critique de la société dans laquelle on vit, et cette société peut être critiquée de diverses façons. C’est ça qui est intéressant. C’est de se dire : le point de départ est tout ce qui bouge, disons, pour être simple, à la gauche de la social-démocratie, et on contribue ensuite à transformer ces idées en bouquins afin d’alimenter le débat comme le catalogue. » (Ballast, 12 janvier 2015).
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    De fait, Ballast a un objectif : faire dialoguer anarchistes et nationalistes de gauche, comme si les premiers avaient quelque chose à gagner au contact des seconds ! Alors même que le rapport de force n’est pas du tout en leur faveur. Depuis sa création, la revue s’est illustrée par des articles très discutables : sous couvert de critiquer Soral, elle lui a accordé le mérite du « charisme », avant de concéder l’existence de « groupuscules gauchistes hystériques » qui auraient, main dans la main avec Finkie, produit l’ascension inexorable de Soral (rien que ça), elle a interviewé le rappeur quenellier Médine, a dressé un portrait très complaisant de Jacques Vergès dans lequel il est à peine question de sa défense du nazi Klaus Barbie...

    ...

    Ballast, Le Comptoir et Limite sont des fans absolus de Michéa, cet intellectuel réactionnaire défenseur du petit blanc qui se dit inspiré par George Orwell et inspire beaucoup Alain Soral, se définit tantôt comme socialiste, tantôt comme « anarchiste conservateur ». Tout comme Frédéric Lordon, Michéa est obsédé par ce que l’économiste appelle le « jacquattalisme ». Rappelons que la figure de Jacques Attali, tout comme celle de BHL, est une figure-repoussoir tant pour nos « critiques des médias » et nos partisans du repli national de « gauche » que pour les antisémites de tous poils. Un compte YouTube d’extrême droite, Jeremy Z, qui se réclame du Cercle Proudhon, vient de mettre en ligne plusieurs vidéos courtes mais éloquentes de Jean-Claude Michéa. Tous les poncifs utilisés par la droite radicale, mais aussi par toute une partie de la gauche souverainiste, y sont regroupés :

    « L’idée que pour devenir un véritable citoyen du monde il faudrait rompre radicalement avec tous les enracinements particuliers qui nous définissent au départ de la vie - l’attachement à des êtres, à un lieu, à un quartier, à une culture, à une langue - est au coeur du système libéral. Il est clair que le Dogon du Mali aura toujours plus de chances de comprendre le berger mongol qu’un cadre du FMI dont le seul horizon culturel c’est la croissance illimitée dans un monde sans frontières. De ce point de vue, l’acte émancipateur pour le libéral c’est la délocalisation. Au fond il faudrait pour que l’humanité ait une chance de devenir une véritable humanité produire à la chaîne des Jacques Attali, transformer l’homme en être attalien qui, comme il s’en vante en permanence, consume sa vie entre deux aéroports avec pour seule patrie un ordinateur portable. C’est un mode de vie hors-sol das un monde sans frontières et de croissance illimitée que la gauche valorise comme le sommet de l’esprit tolérant et ouvert alors qu’il est simplement la façon typique de la classe dominante d’être coupée du peuple. Combien de kérosène coûte la réalisation d’un monde où chacun vivrait en nomade attalien ? »

    ...

    http://www.confusionnisme.info/index.php/tag/ballast/

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