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L’île de Lesvos, le camp de Moria
posté le 17/11/19 par slowkka Mots-clés  Grèce 

31 octobre 2019

Après deux semaines bien chargées à Athènes, je me décide à rejoindre Lesbos, une île en première ligne pour l’accueil des migrants, des personnes souhaitant échapper à la misère, à la guerre, ambitionnant de se refaire une vie en Europe, désirant une vie meilleure pour leurs enfants : huit kilomètres de mer séparent les côtes de cette île de la Turquie. Toutes les nuits, Frontex, l’Agence de gestion des frontières européennes, surveille : un hélico patrouille et les bateaux des gardes-côtes croisent au large, armés de caméras infra-rouge. Et toutes les nuits, des bateaux gonflables tentent la traversée : depuis le début de cette année, 45 833 personnes ont débarqué sur les îles grecques de la Mer Egée... les plus chanceuses d’entre-elles ont rejoint leurs compatriotes dans les camps. Les autres sont mortes noyées en mer ou refoulées sur le territoire turc.

Une fois enregistré, chaque personne qui met le pied sur une île grecque est enfermé pendant trois mois dans la prison du camp. Les conditions de vie y sont si déplorables que les médecins les gavent de tranquilisants, de somnifères… créant des addictions qu’il faudra bien gérer ensuite. De source avisée, il paraît que les mafias de la drogue s’en frottent les mains !

Après ces trois mois, c’est l’attente… l’attente d’une autorisation pour pouvoir circuler sur le continent grec et rejoindre peut-être les familles en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne.

Attendre souvent plus d’une année sous une tente de fortune dans le camp de Moria, le plus grand de l’île, ça signifie…
s’inscrire sur une liste d’attente pour dépendre des repas offerts par les associations,
s’inscrire sur une liste d’attente pour recevoir des soins de santé des ONG,
faire la file devant les sanitaires trop peu nombreux, partagés avec des centaines de personnes,
et se plonger dans un profond désœuvrement,
puisque rien n’est possible dans ce camp.
Le camp de Moria a été conçu par des spécialistes de l’Union Européenne, la plupart envoyés par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur en France, qui s’était déplacé début 2016 pour superviser sa mise en place, avant l’inauguration par Tsipras en compagnie de plusieurs dirigeants européens dont Martin Shulz, à l’époque président du Parlement Européen ; ce camp a été construit initialement pour accueillir 3000 personnes, 14000 y résident actuellement.

Fin de journée.
Sur le port de Mytilène, la ville principale de l’île, un ferry boat s’apprête à partir pour le Pirée, le port d’Athènes. L’accès au quai est contrôlé par des flics ; dans la file d’attente, les camions sont débâchés puis fouillés par des soldats en armes ; dans l’enceinte du port, des flics à moto patrouillent ; nous sommes encerclé par un haut grillage surmonté de rouleaux de barbelés à doubles lames. Glauque ! Et pourtant, sur la jetée, il suffit d’attendre pour que le jour se passe… les flâneurs du soir étalent en allers-retours leur bonhommie grecque. Quelques pêcheurs jettent leurs lignes dans les flots nacrés. Des barques ponctuent le large de tâches de lumière, derniers points de réception solaire du couchant. Au fond du paysage, assises sur la mer, les collines turques.

La statue de la Liberté de Mytilène trône à quelques mètres, au-delà de l’enceinte barbelée. A ses pieds s’amassent des grappes de jeunes gens. Je devine à leurs habits de récup qu’ils viennent du camp. Une dizaine d’entre-eux s’avance... captivés comme sidérés par le ferry, ils s’agglutinent devant ce grillage… quand un flic s’approche, les repoussant de quelques mots, la grappe se disloque pour aller se reformer plus loin. Cela me fait penser à une autre scène, de chasse celle-là, observée une heure auparavant : un maquereau prenant d’assaut les bancs de sardines et les dispersant.
Des passagers se font des selfies sur le pont du ferry qui va partir.

En quelques minutes, l’intensité de la lumière du couchant s’est amplifiée. D’un côté, l’oeuvre du Grand Bijoutier : sur la mer, des émeraudes en forme de barques sertissent l’opaline des flots tandis que des étincelles prennent feu, effilées comme des voiliers ; de l’autre, c’est la fête qui commence : la crête des collines s’aiguise pour la nuit en honorant ainsi l’immensité du ciel, qui pour l’occasion s’est doré… à cet instant, tout est prêt pour passer à autre chose.

Dans ce moment suspendu, la scène offre un contraste déchirant : cette grappe de jeunes hommes vibrant d’espoir, enfiévrés, se frottant au grillage, les regards tendus vers le ferry boat, le Diagoras-Pireas fumant-ronflant et ces grecs en ballade ! Plus détendus encore qu’à l’habitude en cette délicieuse soirée. D’un côté, il y a le camp de Moria, l’île de Lesbos, la prison aux belles étoiles. De l’autre, il y a le port du Pirée, il y a Athènes, il y a l’accès au continent, il y la liberté relative de se déplacer, de bourlinguer, de se perdre… la liberté de partir si ça ne convient pas !
Et de part et d’autre, il y a toutes les mauvaises excuses que se donnent les frontières pour exister.

Le Diagoras-Pireas va partir. Un gamin reste accroché au grillage, il a les mains jointes au-dessus de la tête… j’ai l’impression désagréable de regarder un lapin qui trépigne avant de traverser l’autoroute… va-t-il sauter ? Je l’imagine enjamber délicatement le grillage, puis je le vois courir, zigzaguer entre les flics qui se jettent sur lui pour l’attraper, il fait alors un bond prodigieux et se rétablit sur la porte-rampe du ferry qui se referme… le voilà à l’intérieur... on n’arrête pas un ferry pour ça.

La nuit tombe à vue. Le Diagoras-Pireas a refermé sa grande gueule, c’est fini pour aujourd’hui.

« On ne peut espérer un retour sans idée fixe. Seule l’opiniâtreté triomphe des tempêtes. Seule la constance mène au but. » Homère. Une pensée fraternelle pour Milad, resté à Moria.


posté le 17 novembre 2019  par slowkka  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article

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