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Les cahiers au feu et les profs au milieu
posté le 04/12/19 Mots-clés  alternatives  histoire / archive  répression / contrôle social 

Les cahiers au feu et les profs au milieu

Marc Cohen : Un petit flash-back avant les entartements américains, parce que cette volonté d’entarter, elle ne sort pas de n’importe où. Ton premier exploit, c’est quoi, si tu t’en souviens ?

Noël Godin : À deux ans, j’étais le roi du rodéo. J’étais habitué à ce que ma nounou m’installe avec mes jouets sur une peau de mouton. Un dimanche à la campagne, pendant que maman flirtait avec papa, je me déplace à quatre pattes dans une prairie et je me couche sur une peau de mouton qui se met tout d’un coup à vibrer. C’était un vrai mouton qui, tel un chameau, s’est redressé tranquillement sur ses quatre pattes. Eh bien, accroché à ses poils de laine, j’ai réussi à tenir sur son dos jusqu’à ce que mes parents, affolés, m’arrachent à l’animal.

Et ta première grosse connerie ?

C’est l’unique fois où l’on m’a réquisitionné comme enfant de chœur pour servir la messe. Très impressionné, j’ai laissé tomber l’énorme missel sur un des pieds du curé qui a tonitrué devant tous ses fidèles.

Toi, tu étais catho ?

Oui, éduqué par les pères salésiens de l’Institut Don Bosco de Liège, je croyais à saint Nicolas, aux cloches de Pâques et au crapaud de Nazareth, j’avais une croix celtique à la boutonnière et je pensais qu’il était de bon ton d’évangéliser les petits Chinois avec des martinets. Ce qui m’a sorti de là, c’est la cinéphilie pur jus pur sucre. Je n’ai pu tolérer qu’on m’impose en dehors des heures de cours la vision de l’insipide Dialogue des Carmélites de Philippe Agostini. Ç’a été ma première approche de la sainte Inquisition. Après quoi, en 1966, il y a eu l’affaire de La Religieuse, le film de Jacques Rivette d’après Diderot que des punaises de sacristie gaullistes étaient parvenues à faire interdire totalement. En guise de représailles, quelques camarades catholiques romains anti-censure et moi-même, nous retroussions les jupes de toutes les béguines que nous rencontrions en hurlant : « Vive Diderot ! » L’une d’entre elles, qui ne portait pas de culotte, s’est agenouillée un jour devant le Perron liégeois et s’est mise à susurrer des « Jésus-Marie-Joseph ! » sans rabattre sa jupe sur son derrière qui était extrêmement sale. Ce qui fait que c’est elle qui a été emmenée par un panier à salade.

C’est à ce moment-là que tu as pris conscience de ta vocation anti-religieuse ?

Oui, déshabiller les bonnes sœurs en rue, ça aide. C’est quelques jours après que je suis passé définitivement dans l’autre camp en décortiquant le dilemme suivant qui remonte à Épicure. Ou bien Dieu veut transformer notre monde de merde, et ne le peut pas. Ou bien il peut le transformer, et ne le veut pas. Dans le premier cas, c’est un impuissant. Dans le second, un sadique. De toute façon donc, il n’est pas Dieu. La meilleure machine de guerre contre la religion que je connaisse est parue en 1992 en Bordas compact sous le titre Les Controverses du christianisme. On sait peu que sous le pseudo de son auteur, Tristan Hannaniel, se cache l’agitateur situationniste Raoul Vaneigem en personne.

Ça ne te dérange pas qu’on te traite d’anticlérical primaire ?

Il ne manquerait plus que ça. Une de mes préoccupations préférées dans mes années d’adolescence consistait à aller pisser dans les bénitiers et à aller raconter les pires horreurs dans les confessionaux. J’ai tellement dégoûté un curé une fois en lui racontant par le menu la sodomisation brutale de ma sœur cadette avec un crucifix qu’il a crachoté sur sa chasuble quelques chicots de vomi. J’ai alors divulgué aux bigotes qui faisaient la file pour se confesser que le chanoine Pirard, beurré comme un petit Lu dans son box, éclaboussait ses visiteurs avec son dégueulis d’ivrogne. Une autre de nos spécialités bêtes et méchantes, c’était d’entrer dans les églises avec toute une bande pendant des offices où tout le monde se recueillait en silence pour tout d’un coup y lancer à tue-tête des amorces de prières qui étaient reprises en chœur par toute l’assemblée. A la fin d’un Ave Maria qu’il avait déclenché un vendredi saint, je ne suis pas près d’oublier le compère Raymond s’écriant subitement d’une voix impérieuse : « Ponce Pilate, cul-de-jatte ! » qu’un quart environ des fidèles présents, je vous jure que c’est vrai, n’a pas manqué de répéter mécaniquement.

Et les officiants ne vous sont jamais tombés dessus ?

Nous partions dès que ça sentait le roussi. La fois où nous avons offert à l’assistance d’une messe à la cathédrale Sainte-Gudule de Bruxelles un concert de pataraboumants pets préenregistrés, la police est intervenue avec une telle rapidité que nous avons renoncé à récupérer notre magnétophone. Un autre matin, dans une église des Marolles, alors que le cher Jean-Pierre Bouyxou interprétait à son de trompe, pendant la consécration, le Mexico, Mexico oh de Luis Mariano, ç’a aussitôt bardé. Un aumônier musclé lui a volé dans les plumes et nous avons dû nous y mettre à trois pour ceinturer l’intervenant. Devant prendre ses jambes à son cou parce que des paroissiens ulcérés accouraient, Jean-Pierre nous a fait mourir de rire en poursuivant héroïquement sa belle chanson pendant sa fuite à travers le sanctuaire.

N’est-ce pas lui qui, durant sa première communion à Bordeaux, avait déguerpi en pleurant avec le ciboire plein d’hosties ?

Ah, je sais dans quel livre pernicieux tu as lu ça.

Ton Anthologie de la subversion carabinée, évidemment.

Le petit sacripant, qui n’a toujours pas trop compris sous le coup de quelle émotion il avait osé faire ça, a couru tellement vite pour lors qu’on ne l’a pas rattrapé et qu’on a dû en conséquence reporter la cérémonie.

C’est encore chez les curés que tu as réalisé ton gag des Oiseaux ?

Oui. Dans le cinéma du collège jésuite Saint-Servais de Liège, où l’on projetait Les Oiseaux d’Hitchcock, sept comparses et moi-même avons occupé la première rangée du balcon avec de grands paquets et, pendant la scène où de hargneux volatiles s’abattent sur une classe d’enfants, nous avons sorti de nos paniers des pigeons vivants et les avons propulsés dans la salle. Certains d’entre eux ont voleté devant l’écran, d’autres ont frôlé le crâne des spectateurs, d’autres, n’ayant pas réussi à s’envoler parce qu’ils avaient été compressés trop longtemps, sont tombés roulés en boule tout droit sur des têtes. Un gros jésuite chauve notamment, sous le choc, a basculé en bas de son strapontin. Le surlendemain, le quotidien La Libre Belgique titrait à ce propos : « Quand la fiction devient réalité ».

Tu ne gardes aucun bon souvenir de renseignement des pères ?

Qu’ils se drapent dans le miel ou l’ortie, c’étaient tous de dégoûtants bourreurs de crâne semblant sortir d’un roman d’Octave Mirbeau, dont la fonction était de détourner de tout ce qui pouvait échauffer notre imagination et nous amener à vouloir vivre nos rêves.

Cette description pourrait aussi s’appliquer aux écoles publiques.

Mais bien sûr. C’est tout type d’enseignement imposé qu’il faut jeter par-dessus bord. Mais combien de parents libertaires sachant qu’on ne peut rien apprendre de valable dans la contrainte pourraient-ils supporter que leurs moutards désertent l’école ? Le régiment passe encore, mais l’école !

Mais tous les gosses n’ont pas envie d’être autodidactes.

Ce n’est pas pour ça qu’il faut les forcer à lire ou à étudier. Mon rôle à moi, en 68, n’était pas de proposer un mode d’enseignement anti-autoritaire idéal, à la Summerhill ou à la Sébastien Faure, mais de susciter des actes de résistance contre le décervelage scolaire.

Dois-je en déduire que tu n’as pas été un élève modèle ?

Nous étions une quinzaine de pendards à foutre la pagaille avec assiduité dans les auditoires des métropoles. Un des meilleurs souvenirs est retracé dans le quotidien La Wallonie du 14 novembre 1969. Je t’ai préparé ça. Je lis : « Vendredi matin, comme chaque vendredi, le professeur Marcel De Corte (dont les idées conservatrices sont bien connues) donnait son cours à l’université de Liège aux élèves de deuxième candidature de philosophie et lettres lorsque deux mystérieux individus firent irruption dans l’auditoire. Tous deux étaient revêtus d’un tablier blanc, transportaient brosses, seaux, marteaux et sifflotaient L’Internationale. Pendant que M. De Corte contemplait, interdit, les intrus, l’un d’eux monta sur la chaire et entreprit d’enfoncer un clou dans une paroi située juste derrière le professeur. Celui-ci s’exclama alors d’une voix forte : “ N’abîmez pas le matériel universitaire ! ” À quoi l’un des perturbateurs répliqua : “ Le matériel universitaire aux ouvriers ! ” M. De Corte empoigna alors son interlocuteur qui, se dégageant, brandit son seau au-dessus de la tête du professeur en disant : “ Faites votre travail d’intellectuel, si vous voulez, mais laissez-moi aussi faire le mien, parbleu ! ” Sur ce, toute l’assemblée applaudit alors que l’inconnu commençait à déverser le contenu gluant de son seau sur le professeur. Se ressaisissant, celui-ci projeta en l’air le seau qui échoua sur le matériel pédagogique étalé sur le bureau avant de couler, en larges nappes, sur le sol. Tout en martelant rageusement de coups son agresseur, M. De Corte s’écria notamment : “ Dehors, prolétaires, votre place n’est pas ici ! ” L’incident se termina sur un véhément échange de coups de poing, de pied, dans la confusion la plus totale. »

D’autres farces anti-profs ?

En plein cours de sociologie, une dame en peignoir et en bigoudis surgit dans l’auditoire, se rue sur l’estrade professorale et somme l’enseignant de s’expliquer sur sa conduite goujate de la veille. Le pauvre homme, dès qu’il a pu placer un mot, a eu beaucoup de mal à démontrer à ses élèves qu’il n’avait jamais vu de sa vie cette harpie. Il y a eu les profs enfermés aux toilettes durant leur grosse commission grâce à un cadenas bricolé sur la porte extérieure du water. Il y a eu ceux qui s’asseyaient sur une nappe de fluide glacial leur trouant le fond de pantalon. Il y a eu ceux qui, pendant leur cours, étaient appelés au téléphone dans le bureau du recteur par des maîtresses abusives. Il y a même eu le professeur de biochimie collet monté qu’on a retrouvé pantalon et caleçon bas dans un couloir avec une poubelle sur la tête et les mains attachées derrière le dos. Mais ce n’était pas mon œuvre, c’était celle d’un bouillant fort des halles devenu... inspecteur dans l’enseignement primaire. Rappelons, par-dessus le marché, que pour se dispenser d’avoir cours, le plus éculé des trucs est celui qui marche le mieux : l’alerte à la bombe. Vous demandez à un pote de téléphoner d’une cabine à la permanence de police en maquillant sa voix avec un mouchoir et c’est recta, qu’il soit convaincant ou non, l’institut menacé est évacué un bon bout de temps.

Mais tes partenaires et toi ne rendiez pas la vie difficile qu’aux ecclésiastique et qu’aux pédagogues ?

Pour ne pas commettre d’injustice, il fallait aussi épouvanter les politiciens, les businessmen, les magistrats, les délégués syndicaux, les psychiatres, les gardiens de fourrière et tous les autres piliers de ce que William Blake appelle « notre monde de l’erreur complète ».

(...)

Noël Godin

Crème et châtiment
Mémoires d’un entarteur

Entretiens avec Marc Cohen

p. 76 – 85

Éditions Albin Michel, 1995.


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