La « Petite École » zapatiste, vue par le compañero maestro Galeano

Nous sommes une équipe de maestros et maestras qui avons participé à différentes tâches de « L’École pour la liberté selon les zapatistes », comme les vidéoconférences. Nous appartenons tous au Caracol « Mère des caracoles, mer de nos rêves », zone Selva Fronteriza. Je suis du village Nueva Victoria ; ma commune est San Pedro de Michoacán.

Pour moi, je considère que la « Petite École » est très importante ; c’est comme un moyen pour que nous puissions communiquer avec les gens de la ville, pour que nous puissions partager nos expériences, les grandes choses que nous avons accomplies durant les dix-neuf, presque vingt ans, de notre autonomie. Je dis que c’est un moyen, car c’est ainsi que nous avons pu partager les avancées de l’autonomie. C’est ainsi que les élèves ont pu venir jusqu’à nos territoires ; ils sont venus pour partager avec les familles, pour apprendre. Et, ainsi, ils ont pu connaître nos manières d’agir, nous les zapatistes, nos manières de nous organiser, nos moyens d’autoproduction pour ne pas dépendre du mauvais système, car nous construisons notre propre système de gouvernement.

Ils ont pu le voir personnellement, avec leurs yeux et ils se sont rendu compte du sacrifice que nous faisons pour réussir tout ce que nous avons fait. Ils ont vu cela avec les familles ; ils ont ressenti combien de sacrifices, combien de souffrances vit cette famille pour pouvoir récolter, pour obtenir ses ressources, faire vivre toute la famille et résister au mauvais gouvernement. Ils ont vu combien cela nous coûte de produire et la misère que nous paie le mauvais système.

Maintenant, oui, avec leurs propres oreilles et leurs propres yeux, ils voient ce que nous avons toujours dit. Ils l’écoutaient dans des discours, mais, probablement, ils n’y croyaient pas. Ils pensaient que les zapatistes étaient dans les montagnes, mais ils ne pensaient pas du tout que nous sommes des personnes de chair et d’os, qui vivons dans les communautés et nous organisons.

Pour moi, la « Petite École » est un moyen d’être en communication, pour nous connaître avec les gens de la ville, avec d’autres personnes de notre pays et du monde. C’est comme un pont pour être en communication.

La « Petite École » est une nouvelle réussite que nous avons obtenu grâce à notre résistance, grâce à notre lutte. C’est une réussite de plus, parce que, au long de ces cinq cents ans durant lesquels nous avons été spoliés et exploités par le mauvais système, jamais le mauvais gouvernement ne nous a donné un tel espace. Jamais le mauvais gouvernement ne nous a donné cette liberté, grâce à laquelle, maintenant, nous rencontrons les différents secteurs de travailleurs qui existent dans le pays.

J’accorde une grande valeur à la « Petite École » car, tout comme dans notre lutte il y a de nombreux jeunes qui sont nés après notre soulèvement, de même parmi ceux de la ville sont venus de nombreux jeunes qui n’étaient pas nés en 1994, qui ont seulement écouté ou lu dans les médias qu’existait une Armée zapatiste, mais qui ne connaissaient pas vraiment en quoi consiste sa lutte. C’est pourquoi je trouve que c’est une grande réussite, parce que le mauvais gouvernement ne va jamais nous donner ça, jamais. Aucune autre organisation n’a obtenu cela, n’a réussi ce que nous avons réussi avec la « Petite École ».

Des gens de la ville, des gens d’autres pays viennent se préparer ; mais nous aussi nous nous préparons ; cela permet à nos jeunes de se préparer, pour continuer à nous gouverner. Avec la « Petite École », nous leur ouvrons l’espace, nous orientons les jeunes et leur expliquons comment nous nous gouvernons, comment le peuple doit diriger. Pour moi, la « Petite École » est très importante. Nous mêmes apprenons beaucoup de choses et les gens qui viennent de l’extérieur apprennent de nous.

La chose la plus grande que nous voyons, c’est qu’ici le gouvernement ne dirige plus ; ici, c’est le peuple qui dirige. C’est le peuple qui décide comment il souhaite que soient les choses. C’est ça qui doit être clair pour les gens : ils avaient entendu dire que, chez nous, le peuple dirige et le gouvernement obéit. Maintenant, ils sont venus voir de leurs propres yeux comment le peuple gouverne depuis les villages, au niveau des communes et au niveau des zones [avec les Conseils de bon gouvernement]. C’est ça le plus important, qu’ils viennent connaître ce qu’est l’autogouvernement des zapatistes.

J’ai apprécié les compañeros élèves qui sont venus à la « Petite École ». On voit leur enthousiasme ; ils donnent une grande importance à ce qu’ils viennent apprendre. À la « Petite École », sont venus de nombreux compañeros, grands intellectuels, enseignants, artistes, collectifs, gens des universités ; ils nous disent que dans aucune des écoles où ils sont allés, ils n’ont rencontré ou appris cela, et ils sont très intéressés.

J’accorde une grande valeur au fait qu’ils s’engagent vraiment. Ils disent que ce que nous leur avons appris, ils vont le partager avec d’autres qui n’ont pas pu venir jusqu’ici. C’est pour cela que je reconnais la valeur des élèves qui sont venus, car je les ai trouvés très enthousiastes.

Bien sûr, certains élèves se semblaient pas à leur place ou ne savaient pas clairement ce qu’ils venaient faire ici, c’est-à-dire qu’ils posaient des questions sans rapport avec la « Petite École ». Je ne peux pas dire qu’ils le faisaient de mauvaise foi, mais seulement parce qu’ils ne savaient pas bien où ils étaient et parce qu’ils manquaient de clarté. Ils sortaient des thèmes que nous traitions, mais je pense qu’il n’y avait pas de mauvaise intention ; simplement, ils ne se concentraient pas sur la « Petite École ».

Oui, ceux qui sont arrivés à notre Caracol étaient très investis et nous ont remerciés pour ce qu’ils ont appris. C’est la valeur que je leur attribue. Et s’il y a des gens qui, d’une certaine manière, ont les moyens pour venir jusqu’ici, il y en a d’autres qui ont du laisser leur travail, qui ont du économiser pour venir apprendre avec nous. Je considère que s’ils ont fait l’effort de venir jusqu’ici, c’est parce qu’ils souhaitent apprendre et parce qu’ils sont vraiment intéressés.

De manière plus générale, ce que nous avons pu voir des élèves qui sont venus, c’est que c’était important pour eux d’apprendre de nous. Et dans leurs questions, dans leurs commentaires, ils exprimaient qu’ils sont exploités, que eux aussi souffrent ce que nous, les indigènes, nous souffrons. Le plus grand, c’est qu’eux-mêmes disaient que nous avons un ennemi commun qui est le néolibéralisme et que c’est seulement unis que nous pourrons le vaincre.

Traduit par Jérôme Baschet
Version originale : Rebeldia zapatista, n°1, 2014


publié le 29 mai 2014