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Un blog sur les oublié.e.s du coronavirus

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Pourquoi un blog sur les oublié.e.s du coronavirus ?

Nous n’avions pas attendu la survenance d’une pandémie mondiale pour constater que, dans une société capitaliste où les classes sociales se toisent sur les berges de fossés béants qui ne cessent de se creuser, des catégories entières de la population sont placés ou laissés dans les oubliettes – quand ils ne sont pas dans la mire – des gouvernants.

Les prisons belges sont parmi les plus surpeuplées d’Europe. Conséquence ? Les conditions de vie sont à ce point intolérables que l’État belge a été condamné à de multiples reprises : pour des suicides dans ses annexes psychiatriques ; pour les traitements inhumains et dégradants que la surpopulation entraîne en entassant de trop nombreuses personnes dans des cellules mal aérées, sans toilettes séparées, avec une pénurie de personnel médical et soignant, et dans des conditions d’hygiène déplorables ; pour son indolence coupable face au désastre.

Les sans-abris, en Belgique, ne font l’objet d’aucune politique structurelle de prise en charge, à l’exceptions de tentative, timides et localisées, de politiques de « housing first ». Poussent comme des champignons les mesures destinées à les invisibiliser : interdiction de mendier ici, pas le droit de s’asseoir par là, accès complexe à l’aide sociale, accoudoirs et picots qui veillent au non-assoupissement, détentions administratives… Leurs voix ne comptent pas dans le jeu électoral, mais sont seulement écoutées par les travailleurs sociaux et les associations qui s’attellent aux maraudes et à la gestion des abris ou des assuétudes, sans relâche.

Quant aux étrangers, proies d’un racisme d’État à peine voilé, il n’est guerre plus surprenant d’apprendre qu’un tel est expulsé vers le Soudan, qu’une telle autre a été raflée la veille et qu’elle sera déportée en Italie hostile, qu’un tel autre a demandé l’asile mais qu’il devra néanmoins dormir à la rue, qu’une famille de six personnes vit dans une seule chambre d’un centre d’accueil communautaire depuis trois ans, ou qu’un tel autre croupit en centre fermé depuis quatre mois après vingt ans de séjour ici. Rentabilité électorale oblige, ils ont été la cible de réformes et circulaires toutes plus scélérates les unes que les autres ces dernières années.

Quelques jours avant le confinement, d’ailleurs, en laissant traîner l’oreille, nous avons entendu que le virus, dans une sorte de fatalité aveugle, touchait tout le monde, riches ou pauvres, sans aucune discrimination sociale. Certes, le petit organisme de passage, que certains s’échinent à vouloir désigner en ennemi à la manière d’un état-major organisant (mal) ses troupes, ne choisit pas ses victimes en fonction de leur pedigree ou de leur relevé de fiche d’impôt. En revanche, notre faculté à s’isoler, à fuir, à déjouer la rencontre avec cette autre forme de vie, dépend bien de nos conditions matérielles d’existence. Et des choix politiques des gouvernements, posés en amont. Sans s’extraire de l’ornière individualiste, nous envisagerions ce maux comme accablant hypothétiquement n’importe qui. C’est en privilégiant une lecture plus systémique, statistique ou sociologique, que nous concluons que la maladie ne touche pas que « par hasard ». Dans le cas du Covid-19, nous ne sommes pas tous égaux dans la faculté de se documenter et de se prémunir face à la maladie. Dans la lignée des articles rappelant justement en quoi la crise du coronavirus agît comme un révélateur des inégalités sociales, nous dénonçons l’existence d’un rapport de causalité quant aux individus potentiellement touchés et la marginalisation systémique de ces derniers.

Alors, le 18 mars 2020, lorsque le gouvernement a adopté son arrête ministériel instaurant le confinement, nous n’étions pas vraiment surpris qu’ils aient été « oublié.e.s ». Ainsi, l’interdiction de voyager en dehors de la Belgique ne signifie pas l’interdiction d’être expulsé de la Belgique. La distanciation sociale ne vaut que si vous n’habitez pas une cellule avec deux autres détenus dans une prison ou un centre fermé. Impossible de vous distancier socialement dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile, où des centaines de personnes cohabitent dans des dortoirs et prennent leur repas et douche dans des communs. Et pour ceux qui dorment sous un carton, le loisir de se laver les mains dix fois par jour vient en second ordre après la survie contre le froid et la faim, dans des rues désormais désertées (lire la suite)

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