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Violemment réprimé par la police à Liège dans la nuit du 18 décembre

posté le 22/12/13 par Terry Schumacher Mots-clés  répression / contrôle social 

Aprés avoir été violemment réprimé par la police à Liège dans la nuit du 18 décembre, je souhaite partager ceci avec vous.

A défaut de porter plainte, jugeant celle-ci comme inefficace et inutile, j’ai décidé d’écrire une lettre à la Ministre de l’Intérieur et représentante des forces de l’ordre, Mme Milquet ainsi qu’au bourgmestre de Liège Mr Demeyer :

Verviers, le 22 décembre 2013

Madame la Ministre,
Monsieur le Bourgmestre,

Par ces écrits, je tiens à partager avec vous mon incompréhension, ma frustration, ma colère et mon sentiment d’impuissance face à une répression policière écrasant ouvertement, sans honte ni complexes, l’expression de la liberté ainsi que l’intégrité physique et morale des individus.

Voici les faits :

Le soir du mercredi 18 décembre 2013, je me trouvais dans le quartier du « Carré », à Liège, au milieu de ruelles bondées de monde, et y buvais un verre avec des amis devant l’un des cafés. J’avais un peu bu, mais sans le moindre abus. Une patrouille d’une douzaine de policiers circulait dans les ruelles du « Carré ». Un ami me lança alors un pari, ma foi stupide, mais pas bien méchant :
« Oser crier à voix haute « poulets » à leur passage ». Ce que je fis.
Deux d’entre eux s’approchèrent et me demandèrent directement de me tourner face au mur, les mains sur celui-ci. Je tentai alors de dialoguer pour les calmer, en voulant leur expliquer la nature légère et désuète de mon intervention.

Dialoguer ne semble pas faire partie des options proposées lors de la programmation de ces « robocops ».

Il n’a fallu qu’une demi-seconde à mon visage pour atteindre violemment le froid des pavés lorsque l’un d’eux m’a balayé et plaqué au sol. Quelques secondes à ce même visage pour être inutilement frotté sur le sol tandis que me mains se voyaient efficacement menottées par un autre. 6 à 7 secondes pour me sentir m’évanouir et percevoir la mort s’approcher en me faisant bloquer à la gorge tant et si fort que tout ce qui me restait à faire était de prier pour que cet homme comprenne qu’il était peut-être en train de me tuer. La dizaine d’autres représentants des forces de « l’ordre » a rapidement formé un cercle de sécurité infranchissable autour du dangereux malfaiteur que je suis. Une intervention efficace et rondement menée. Bon boulot !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Dois-je vous parler de leur conduite irresponsable et dangereuse, totalement injustifiée, grillant tous les feux rouges ? Dois-je également signaler que le seul mot qui m’ait été exprimé est un agressif et rigide « Silence ! », alors même que je leur disais que je ne souhaitais pas mourir dans un accident de la route ce soir-là ? Dois-je également vous faire part de l’absence d’établissement de procès-verbal ? Dois-je raconter ma privation de liberté qui a duré de nombreuses heures, seul dans un lugubre cachot, désorienté par tout ce qui venait de me tomber dessus ?

A moins que vous ne considériez l’autorité, la force et les moyens mis entre les mains d’êtres humains comme autant d’outils pouvant être utilisés pour expier ses frustrations personnelles/professionnelles, s’injecter à souhait sa dose de plaisir/d’adrénaline et légitimer le besoin psylosophiquement profondément problématique que certaines personnes ont de se sentir supérieur(e)s à d’autres ?

Je prends peur lorsque je considère la possibilité que mon cas n’est pas un cas isolé. Et qu’il est peut-être même très « soft » par rapport à d’autres injustices similaires que d’autres personnes ont déjà pu subir et subiront sans doute encore...

Notez que je peux parfaitement comprendre l’état de tension dans lequel tout individu garant du respect de l’autorité en place peut se trouver au milieu d’une foule qu’il ne peut sonder, et face à laquelle il est impossible de faire preuve de discernement pour déterminer un danger potentiel qu’elle peut représenter. Ainsi, je ne cautionne aucune agression provocatrice. Et mon pari était tout à fait stupide.

Bien qu’il me paraisse évident que l’injustice dont j’ai été victime soit une bavure policière de plus, je me suis mis à penser ceci :

Je peux parfaitement comprendre le sentiment de contradiction chez ces garants de l’autorité, obligés de par leur fonction à écraser aveuglément une partie de leur réflexion personnelle pour pouvoir appliquer des directives venues « d’en haut ».
Cela développant une certaine schizophrénie en eux où le bien-fondé des ordres et des directives doit devenir dans leur esprit une certitude rigide qui ne peut être remise en question.
Organisation pyramidale qui balaie toute émancipation de l’esprit critique des individus soumis à cette autorité.

Vous comprenez bien que cette situation met en fait en lumière un problème de société bien plus grand : la désolidarisation des individus entre eux.

Nous ne nous comprenons manifestement plus et je pense que nous nous trouvons les uns et les autres face à un besoin rapide de communication et de rapprochement pour désamorcer ce qui pourrait bien s’annoncer comme étant les prémices de tensions sociales déstructurantes et violentes qui ne sont souhaitables et bénéfiques pour personne.

L’opinion publique s’indigne malheureusement très peu lorsqu’il s’agit de répression policière à l’encontre de personnes d’origine étrangère, de SDF, de marginaux ou de militants politiques.
Que pensez-vous qu’il en est lorsque cette répression est capable de toucher n’importe lequel d’entre nous ayant eu un comportement jugé comme un écart à la « bonne conduite » ?

Le respect n’est pas une question de puissance et d’aspect hiérarchisés,
mais bien de comportements et d’idées collectivement partagés.

Si la police est censée nous protéger, qui nous protège d’elle ?

Sur ces quelques mots, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, Monsieur le Bourgmestre, l’expression de mes sentiments les meilleurs, et je vous souhaite une bonne journée.

Terry Schumacher


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Commentaires
  • Cher Monsieur,

    un ami ayant subi le même genre de traitement, je vous conseille néanmoins deporter plainte auprès du Comité P, auprès de la police des polices.

    Il existe des bavures policières et il est nécessaire de les réduire au minimum.
    Il est donc utile de porter plainte pour que les policiers, dans l’exercice de leur fonction sachent que les bavures ne sont pas sans risque.
    Il faut aussi savoir si ces 2 policiers ont agi en respectant un ordre de leur hiérarchie ou se sont juste déchargés de leur stress de la journée.
    Enfin, il est indispensable de protéger toutes nos capacités de résistances pour l’avenir

    Je vous souhaite beaucoup de courage dans vos démarches et mes meilleurs voeux de résistance pour 2014.

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